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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/293

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L’expédition de Madagascar en 1829 et la politique coloniale de la restauration


I

Il ne restait à la France en 1815 que de misérables débris de son ancienne puissance coloniale. La marine elle-même, instrument de cette puissance, était tombée dans l’état le plus lamentable : Napoléon, ne pouvant lui pardonner ses échecs, l’avait, depuis Trafalgar, traitée en quantité négligeable. Cette tradition de mépris lui avait survécu, et c’est avec une parcimonie vraiment étrange que furent établis les budgets de la marine et des colonies durant les premières années de la Restauration. Peu s’en faut que le rapporteur du budget de 1817, M. Roy, ne réclame l’évacuation des modestes colonies que l’Angleterre avait bien voulu nous laisser, et la suppression de la marine : c’est par des prières, presque des supplications, que le ministre, le vicomte du Bouchage, en est réduit à intervenir en leur faveur. Contre les colonies, on invoque, en dénaturant leur pensée, jusqu’au témoignage des hommes les plus notoirement partisans des établissemens coloniaux ; le nom de Malouet est mis en avant, et dans la séance du 1er mars, le commissaire du roi, M. Dudon, est forcé de répliquer aux aveugles ennemis des colonies qui si imprudemment invoquaient ce témoignage : « Cessez d’invoquer l’opinion de M. Malouet… Vous oubliez que dans l’Assemblée Constituante il s’écria avec énergie : « Si par un entraînement d’opinion on pouvait aller à croire que les colonies doivent être abandonnées,