Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/247

Cette page n’a pas encore été corrigée


APRÈS FORTUNE FAITE

TROISIEME PARTIE (1)

X

Quand Casimir avait fait le serment peut-être téméraire de perdre le favori dans l’esprit du maître, de détruire dans sa fleur une fortune aussi éclatante que subite, M. Sucquier était revenu de Paris depuis quelques heures, et avait repris sa place à table. Silvère, qui le voyait pour la première fois, avait éprouvé une répugnance instinctive pour cette face huileuse et bourgeonnée ; mais il était résolu à ne plus juger les hommes sur leur figure. Personne n’était plus prompt que M. Sucquier à humer le vent, à prendre Fair d’un bureau. Il s’aperçut tout de suite qu’en son absence il s’était passé quelque chose, qu’un nouveau venu avait conquis les bonnes grâces du tyran, qui le traitait avec des ménagemens et des égards qu’il n’avait eus pour aucun autre membre de sa famille. M. Sucquier raisonnait toutes ses démarches, tous ses rôles ; son principe et son usage étaient d’adorer les soleils levans. En sortant de table, il prit Silvère à part, lui fit sa cour, lui prodigua les complimens. Il fut interrompu dans sa harangue par M. Trayaz, qui lui dit :

— Sachez, Sucquier, que ce jeune homme est plein de recettes ; au lieu de lui dire des douceurs, tâchez de vous approprier quelques-unes de ses sagesses, et demandez-lui en particulier comment on s’y prend pour guérir un arbre qui a la chlorose.

(1) Voyez la Revue du 15 août et du 1er septembre.