Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/217

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le Japon inconnu – Lafcadio Hearn


Glimpses of un familiar Japan, 2 vol. in-8° ; Londres, Osgood, Mac-Ilvaine et C°.


Le vieux Japon s’en va, avec ses paravens et ses laques, ses bronzes et ses ivoires curieusement travaillés, son décor fantastique et bizarre sur lequel s’attardait la curiosité des esthètes, sous lequel se dissimulaient une philosophie insoupçonnée et une force de résistance ignorée, et aussi avec le charme mystérieux de son sourire et de sa politesse exquise. « Les Basques, écrivait Voltaire, sont un petit peuple qui chante et danse au sommet des Pyrénées. » Les Japonais, eussent volontiers déclaré nos écrivains modernes, sont un peuple de fantoches imitateurs et de mousmés grimaçantes qui folâtre au pied du Fusi-Yama. Bien peu ont su discerner, sous les dehors trompeurs et le masque d’emprunt, une race aux instincts studieux et à la politique savante, habile à voiler de courtoisie son stoïcisme, et capable, l’heure venue, d’un puissant effort.

L’Europe s’en tenait aux apparences. Les mouvemens de la race jaune ne la préoccupaient que dans la mesure où ils pouvaient compromettre la sécurité de nos possessions de l’Indo-Chine ; le Japon, royaume insulaire et relativement peu peuplé, était considéré comme une quantité négligeable tant au point de vue politique que militaire. Aussi la guerre sino-japonaise fut-elle, à son début, envisagée comme une guerre de pygmées, en attendant d’être une révélation pour le plus grand nombre et d’apparaître comme une révolution aux diplomates. Les résultats de cette guerre bouleversaient les idées préconçues ;