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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/137

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formidable, la part de la France est de 600 à 700 millions, pour une production dépassant 100 millions de quintaux et s’étendant sur 1 350 000 hectares ; l’Allemagne récolte au delà de 200 mil- lions de quintaux ; la Russie, 82 ; les Iles Britanniques, 80.

Nous voulons montrer dans cet article comment la pomme de terre, longtemps dédaignée, s’est propagée aussitôt qu’eurent été reconnues ses admirables qualités ; nous voulons indiquer, en outre, quels progrès récens ont été réalisés dans sa culture, comment on a réussi à triompher de la maladie qui a failli amener la disparition de cette plante précieuse, et enfin quels efforts nous devons faire encore pour en tirer tous les services qu’elle est capable de rendre.


I

Quand les hardis navigateurs espagnols franchirent l’isthme qui sépare les deux Amériques et descendirent, e long de la côte du Pacifique, au Pérou, puis au Chili, ils trouvèrent la pomme de terre cultivée, partout où le climat est tempéré, et il résulte d’une discussion minutieuse à laquelle s’est livré M. de Candolle que le Solanum tuberosum est spontané dans les Andes du Chili : c’est de là qu’il est venu en Espagne, au commencement du XVIe siècle. La pomme de terre a probablement été introduite au Mexique par les Espagnols, car elle y était inconnue au moment de la conquête ; elle paraît avoir été apportée, également par les Européens, dans la partie des Etats-Unis appelée aujourd’hui Virginie et Caroline du Nord pendant la seconde moitié du XVIe siècle, et c’est de là que Raleigh l’introduisit de nouveau en Europe.

Sa culture n’y fit d’abord que peu de progrès : nous la trouvons répandue au XVIIIe siècle dans l’est de la France, là où le blé ne donnait que de maigres produits. La pomme de terre est considérée, à cette époque, comme un aliment grossier : l’article que la grande Encyclopédie consacre à la pomme de terre parut en 1765 ; il indique que cette plante est cultivée en Alsace, dans le Lyonnais, le Vivarais, le Dauphiné, mais qu’elle ne peut convenir qu’aux estomacs robustes des paysans.

Les nations, comme les hommes, ne s instruisent qu’aux rudes leçons de l’adversité : en France, de mauvaises récoltes de blé se succédèrent en 1767, 1768 et 1769, et comme le pain était alors la nourriture exclusive des pauvres gens, la détresse fut extrême ; la population errait sur les routes, demandant à la charité une subsistance que la terre ne pouvait lui fournir.