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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/133

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(Sjedinjena opozicija) et par élaborer un programme commun. Ce programme revendique l’autonomie de la nation croate, et en recule les limites au-delà de l’ancien royaume tri-unitaire, jusques et y compris Fiume, l’Istrie, la Bosnie et l’Herzégovine. Cette nation doit être sur un pied d’égalité parfaite, au point de vue des affaires communes, avec les autres pays de l’Empire. Elle doit jouir du véritable régime parlementaire, faussé par la Nagoda. Elle recherchera l’union des Slovènes, qui paraissent bien disposés, en effet, à entrer dans cette combinaison, si jamais la fortune semble lui sourire.

L’Opposition réunie à grand’peine, du reste, à se maintenir compacte. La nature compliquée des Slaves prend à chaque instant des revanches sur ce mouvement de patriotisme et de bon sens. Tantôt c’est une question de mots : les starceviciens veulent revenir à leur dénomination traditionnelle de parti du droit. Tantôt c’est un retour de tempérament : dans le sein même du parti de Starcevic un schisme menace de se produire, sous forme d’adhésion partielle et provisoire au pacte constitutionnel, conseillée par l’opportunisme du docteur Franck. Tantôt enfin, c’est un conflit de consciences : à l’Obzor, on est catholique sans compromission ; la libre pensée est répandue, au contraire, dans les hauts rangs des starceviciens, et l’on cite telle personnalité qui vient de s’affilier à la nouvelle loge maçonnique d’Agram. Il est évident que ce chaos a grand’peine à s’organiser.

Par cette raison et d’autres qu’on devine, il n’est guère d’homme d’Etat, en Autriche-Hongrie, qui prenne au sérieux le nouveau programme. Il paraît bien porter le cachet d’une opposition à la fois imaginative et diserte, à laquelle il coûte d’autant moins de remanier en esprit la carte constitutionnelle, qu’en fait elle soupçonne mieux son impuissance. Et pourtant cette reconstitution de la « Grande Croatie », dans laquelle on retrouve une part de l’illyrisme de Gaj, une autre du panslavisme de Strossmaier, une consécration, — par l’exclusion des Serbes, — de l’intransigeance de Starcevic, enfin un appel au droit commun des peuples civilisés, répond, de la Save à l’Adriatique, à la vibration nationale. Il y a sans doute, devant un tel dessein, un épais rideau de complications et même d’impossibilités actuelles. Mais derrière s’affirme la même force qui a fait l’Allemagne et l’Italie.

Communauté de race, quasi-communauté d’histoire, solidarité d’intérêts économiques, sens inquiet et partagé de l’isolement, dans ce coin de l’Europe qui servit de boulevard à l’Occident, pendant que l’Occident construisait les siens, ce sont des élémens qui, même dispersés, refoulés, hésitans, chaotiques, à la longue