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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/11

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Le comte de Paris – Souvenirs personnels


Ce n’est point un jugement sur M. le Comte de Paris que j’ai la prétention de porter dans ces pages. A l’autorité de ce jugement une chose manquerait, je le confesse : l’impartialité. Je l’ai aimé de tout mon cœur ; je l’ai servi de toutes mes forces ; je ne saurais donc parler de lui avec le détachement d’esprit que commande une appréciation, par certains côtés, historique. Ce que je me propose est autre chose : je voudrais lui rendre témoignage. Mêlé aux principales circonstances de sa vie publique, témoin en quelque sorte quotidien de sa vie privée, je voudrais rapporter ce que je sais et ce que j’ai vu. S’il m’a honoré de quelque confiance et de quelque affection, c’est que je lui ai toujours dit ce que je croyais être la vérité. C’est encore la vérité que je voudrais dire aujourd’hui. Je ne sache pas d’existence qui, mieux, puisse en supporter le plein jour.


I

Mes relations intimes avec M. le Comte de Paris (si je puis me servir de cette expression trop familière) ne remontaient pas aux jours de notre enfance. Il avait cinq ans de plus que moi, et cette différence d’âge, que la vie efficace, mettait une grande distance entre le garçon que j’étais encore et le jeune homme qu’il commençait d’être, lorsque je le vis pour la première fois, au cours d’un assez long séjour que mon père fit en Angleterre, après le Deux-Décembre. Ce séjour n’a laissé chez moi qu’un souvenir très vif : celui de sa mère, Mme la duchesse d’Orléans. Dans un temps où