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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/96

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bénéfices, tout en ayant un capital souscrit et payé par le public. A vrai dire, nous ne voyons aucun symptôme qui nous fasse croire que la Russie songe à une solution de ce genre, mais elle ni ; pourra pas ne pas l’examiner le jour où elle voudra supprimer le cours forcé, mesure que le ministre indique comme le terme de ses efforts. Les événemens qui se succèdent depuis nombre d’années aux États-Unis démontrent avec une clarté saisissante les dangers d’un papier d’État, même quand il est remboursable en espèces. C’est une page nouvelle qui s’ajoute à l’expérience économique de l’humanité. Jusqu’ici elle connaissait les inconvéniens du papier-monnaie et les bouleversemens qui peuvent en résulter : les Américains viennent de nous apprendre qu’une circulation d’État, même sans cours forcé, peut mettre en péril le stock métallique d’un pays, et qu’un Trésor, si riche et puissant qu’on le puisse rêver, est parfois le plus mauvais banquier du monde.

La situation ne se présenterait pas tout à fait de la même manière en Russie, si on établissait l’étalon d’or comme on y semble décidé : car les difficultés américaines proviennent en partie des tendances bimétallistes d’une fraction de la confédération. Mais il n’en est pas moins certain que les mouvemens d’espèces sont régis par les lois naturelles du commerce et des échanges, et que celles-ci sont incomparablement mieux connues et appliquées par des banques particulières que par le Trésor public.

La politique actuelle du ministre russe s’est appliquée avec persévérance, et jusqu’ici avec succès, à réduire les écarts de la hausse et de la baisse du change : mais ce qui lui a réussi dans une période de paix politique et de calme économique lui serait impossible à des époques de trouble. Les déplacemens de capitaux et les variations de crédit qui se produiraient alors exposeraient de nouveau le signe monétaire à de brusques modifications de valeur, dont le contre-coup serait ressenti par les finances, le commerce et l’agriculture indigènes. Le véritable moyen de venir en aide à cette dernière, — et nous comprenons combien le ministre des finances, qui est aussi ministre du commerce et de l’industrie, s’en préoccupe, — est de rétablir tout d’abord sur des bases définitives, et inébranlables l’étalon monétaire du pays. Ce dont les affaires humaines ont besoin avant tout, c’est la stabilité. Lorsque le cultivateur d’Azof et de Saratof saura que son rouble est une valeur certaine, comparable au franc ou à la livre sterling, et que les variations naturelles des prix ne seront plus aggravées par les fluctuations imprévues du change, il aura fait entrer dans ses calculs un élément de sécurité dont l’absence jusqu’à ce jour l’a