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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/957

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ce résultat. Elles ont déjà sur les bras la question arménienne ; le moment serait bien mal choisi pour se charger par surcroit de la question macédonienne. Nous ne dirons qu’un mot de la question arménienne, c’est qu’elle reste ouverte : les gouvernemens qui ont pris à tâche d’obtenir du Sultan une solution raisonnable n’y ont pas encore réussi, ce qui est fâcheux. On voudrait espérer que l’éloquente intervention de M. Gladstone en faveur de l’Arménie apportera aux puissances, et notamment à l’Angleterre, un concours vraiment utile. L’illustre vieillard a prononcé à Chester un grand discours, sur lequel tous les partis s’étaient mis d’accord avant même de ravoir entendu. Les libéraux devaient naturellement l’applaudir, et les conservateurs l’applaudissaient aussi par avance, dans la pensée que le gouvernement nouveau y puiserait plus de force pour continuer ses négociations avec la Porte. Mais peut-être M. Gladstone, dont les quatre-vingt-six ans n’ont pas éteint l’ardeur toujours jeune, a-t-il un peu dépassé la mesure lorsqu’il a dit par exemple, que c’était pour l’Angleterre non seulement un droit, mais un devoir d’intervenir, au besoin même par la force. Le Standard, journal conservateur par excellence, en appréciant le discours de Chester, fait observer qu’il y a certaines limites que le gouvernement ne saurait franchir sans risquer de provoquer la guerre. Nous agissons, dit-il, de concert avec d’autres puissances, et nous n’avons aucune raison de douter de leur loyauté. Ce langage est plus politique assurément que celui de M. Gladstone, et la presse anglaise ferait bien de s’en inspirer d’une manière générale. Par malheur elle ne le fait pas toujours, et si nous ne craignions d’entrer ici dans une trop longue digression, il nous serait facile de citer un grand nombre de journaux dont le ton, à l’égard de certaines nations européennes, dénote un état d’esprit au moins singulier. Le Standard lui-même a profité de la présence de l’empereur Guillaume chez la reine Victoria pour lui adresser des admonestations que la presse germanique a d’ailleurs relevées avec l’accent le plus rogue. Il semble que les élections dernières aient un peu grisé tout le monde en Angleterre, sauf le gouvernement qui, du moins jusqu’à présent, a conservé son sang-froid. Les libéraux eux-mêmes se consolent de leur défaite en jetant des regards courroucés au-delà des frontières et en menaçant de lord Salisbury tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là. Il va sans dire que nous ne sommes pas oubliés dans cette distribution de réprimandes, suivies aussitôt de l’annonce du châtiment. On n’imagine pas le nombre d’éventualités, qui toutes dépendent de nous, dans lesquelles l’Angleterre s’affilierait tout de suite à la triple alliance. Au moindre mécontentement que nous pourrions lui causer, ce serait fait. Beaucoup de ces articles semblent écrits par des élèves de rhétorique, et il n’y a pas lieu d’y insister : la presse anglaise se trompe évidemment sur les moyens de faire impression sur nous. Elle nous traite comme M. Glad-