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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/93

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Banque de Russie à escompter non seulement le papier qui repose sur une base commerciale d’opérations antérieures (papier fait), mais aussi le papier « créé en vue d’opérations commerciales ou industrielles ultérieures. » Si des banques, ou mieux encore des maisons particulières peuvent engager une partie de leur capital dans des escomptes de ce genre, ce n’est pas le rôle d’une banque d’émission, qui doit se préoccuper avant tout de sa circulation fiduciaire. On nous répondra que, lorsque le billet n’est pas remboursable à vue en espèces, la Banque n’a pas besoin de se préoccuper de ce côté de la question et peut engager une partie de ses ressources dans des opérations à long terme, puisqu’elle n’est pas exposée à une attaque du public venant enfouie réclamer à ses guichets l’échange du papier contre du métal. Mais si le programme de reprise des paiemens en numéraire doit s’accomplir, il est plus nécessaire en Russie que partout ailleurs de garder intactes les disponibilités de la Banque et même de les fortifier, puisqu’elles ne suffisent pas encore à permettre l’abolition du cours forcé ; une politique semblable à celle que les nouveaux statuts prétendent inaugurer va directement à l’encontre de ce but.

On comprend que dans un pays de peu d’initiative le gouvernement s’efforce de stimuler les habitans et de les aider à mettre en œuvre leur capital de travail et d’intelligence : mais ce n’est pas à une banque d’émission de leur avancer le capital espèces dont ils ont besoin à cet effet. Il y a là une confusion dangereuse. Aussi critiquerons-nous encore les prêts dits industriels que la Banque est autorisée à délivrer pour trois ans contre inscriptions hypothécaires, contre constitution d’un gage mobilier de matériel agricole ou industriel (machines ou instrumens de production) ; les prêts sans garantie jusqu’à un maximum de 300 roubles ; les prêts sur marchandises pouvant aller jusqu’à quinze mois ; les prêts aux assemblées provinciales et aux zemstvos ; les prêts par intermédiaires destinés à fournir à de petits agriculteurs, à des fermiers, à des paysans, à des artisans et à des gens de métier, des sommes contre nantissement de leurs produits, ainsi que des avances destinées à former un fonds de roulement et à acquérir du matériel. Toutes ces facilités données à la petite industrie et aux agriculteurs répondent à des préoccupations légitimes, mais ne devraient pas être fournies par la Banque d’émission. Tout au plus celle-ci pourrait-elle escompter le papier à court terme d’établissemens intermédiaires et autonomes, qui auraient pour fonction de rendre ces différens services au pays et dont le capital serait suffisant pour répondre de la parfaite et constante liquidité de leurs propres engagemens.