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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/929

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les importations d’autres pays ne fussent indûment admises au bénéfice des mêmes réductions. On ne peut oublier le fameux article 11 du traité de Francfort : les réductions ne portent point sur des articles que l’Allemagne peut produire à un prix aussi bas que la Suisse.

Donc c’est fait ; les deux pays appliqueront désormais aux produits l’un de l’autre leur tarif minimum, moyennant que du côté de la France ce tarif présente des atténuations sur trente articles déterminés. On sait que la convention de 1892 n’avait été rejetée par la Chambre que parce qu’elle consentait sur trop de points, et surtout de points touchant l’agriculture, ce genre d’atténuation. Le gouvernement français ne s’est heureusement pas cantonné cette année plus qu’il y a trois ans sur le terrain de la défense du tarif minimum jusqu’à expérience complète, comme on le lui conseillait volontiers de certains côtés. L’opinion publique n’aurait pas approuvé cette attitude, les protectionnistes sages ont été les premiers à le comprendre. On a vu M. Méline lui-même accepter la mission de rapporteur du projet sur la convention franco-suisse et rédiger un rapport favorable. Il a donné, dans son journal, des raisons assez plausibles de son adhésion : « Les taxes nouvelles qui figurent dans l’accord ne sont pas consolidées : nous conservons le droit de les modifier, de les relever le jour où il serait démontré par l’expérience qu’elles sont insuffisantes… Nous restons maîtres de nos tarifs, et c’est là le point capital, car il est la clef de voûte de notre régime économique tout entier. Le gouvernement français a rigoureusement respecté sur ce point les volontés formelles du Parlement ; il n’a pas opéré d’autorité les réductions qu’il acceptait ; il n’a pris qu’un engagement, celui de déposer sur le bureau de la Chambre un projet de loi tendant à certaines diminutions sur notre tarif minimum et de le soutenir ; le Parlement statuera ensuite dans sa liberté et sa souveraineté, et prendra la décision qui lui paraîtra la plus conforme à l’intérêt du pays. »

Le Parlement a statué. Il lui a paru que la décision la plus conforme aux intérêts du pays était une approbation complète de la convention. Quelques libre-échangistes ont célébré ce vote comme le 9 thermidor de la « Terreur » protectionniste. Ces exagérations font sourire. L’Union franco-suisse, qui a été à la peine, a eu le bon goût d’être modérée dans sa joie, de n’avoir pas le triomphe insolent. Quant aux protectionnistes, ils ont pris la chose si habilement qu’ils semblent aujourd’hui avoir eu leur part dans la victoire.

M. Méline a trouvé une nouvelle formule assez heureuse, et