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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/927

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encore, sont incalculables. Elles peuvent se résumer cependant en une tendance caractéristique : savoir que, contrairement à ce que l’on a vu se produire en certains pays civilisés et à différentes époques, les riches désormais deviendront de moins en moins riches, et les pauvres de moins en moins pauvres, et que la nécessité du travail sera plus que jamais la loi du monde et la condition initiale de la fortune.

Plus près du temps présent, dans les six mois écoulés de l’année 1895, la perspective des richesses que réserve le Transvaal à ceux qui ont su prévoir, agir et se donner de la peine, a réveillé de sa torpeur, il semble au moins, l’esprit d’entreprise. On ne rêve plus seulement de mines d’or, mais d’une exploitation en règle des mondes nouveaux. Les étonnantes choses accomplies dans l’Afrique méridionale par un homme d’énergie, M. Cecil Rhodes, les exploits, moins éclatans mais tout aussi merveilleux, de plusieurs de nos explorateurs, l’attente enfin des nouveautés que fera surgir le succès de notre expédition de Madagascar, préparent de grands changemens dans nos habitudes économiques, et ouvrent des vues inattendues à notre activité industrielle, actuellement encore si languissante.


VIII

La réalisation de ces rêves est-elle possible avec le maintien rigoureux du tarif douanier dont l’établissement a coïncidé avec le commencement de la période néfaste pour notre commerce extérieur ? Nous sommes à un tournant ; il faut nous résigner à voir notre part un peu plus réduite chaque année sur les grands marchés internationaux, ou bien un effort énergique nous rouvrira sans retard des débouchés qui se fermaient et percera des voies nouvelles, où passeront nos produits. C’est en la considérant sous cet aspect que l’on aperçoit toute la portée de l’approbation donnée par les Chambres presque à l’unanimité, dans les derniers jours de la session, à la convention qui rétablit entre la France et la Suisse les anciennes relations amicales de commerce, si malencontreusement rompues il y a trois ans.

Les résultats de cette rupture ont été maintes fois exposés au public français. Nous les avons présentés l’an dernier, et il y a quelques mois encore, aux lecteurs de la Revue. Nos exportations en Suisse avaient fléchi de plus de 50 millions de francs ; les ventes de la Suisse en France présentaient une diminution beaucoup moins forte. Nous payions les frais de cette lutte de tarifs, dont nos régions de l’Est avaient particulièrement à souffrir.