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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/924

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d’autre part, la dépréciation de l’argent soit une des causes actives des misères de l’industrie comme des souffrances de l’agriculture, on ne saurait le contester raisonnablement : les monnaies frappées en argent dans les pays orientaux subissant un agio par rapport à l’or, les acheteurs extra-européens n’ont plus une monnaie assez bonne pour payer pour nos produits le prix auquel est forcé de les vendre le fabricant anglais, français ou allemand. Ils se contentent des produits locaux, dont la fabrication se trouve par là favorisée. Si Manchester se montre infidèle à l’étalon d’or et demande qu’une entente des principaux pays du globe restitue à l’argent son ancienne force libératoire, c’est qu’il lui faut défendre sa production contre la concurrence des manufactures établies à Bombay, en Chine et au Japon. Les considérations théoriques de doctrine n’ont rien à voir dans sa détermination.

Mais voici que l’argent lui-même, sans attendre de problématiques interventions gouvernementales, au lieu de continuer à baisser comme il le faisait depuis si longtemps, a commencé de remonter : de 27 pence, le plus bas cours où il fût descendu, il a déjà repris à 30 ou 31, niveau actuel. La spéculation, malheureusement, est sans doute le principal agent de cette reprise. En Amérique et à Londres on a escompté, par des achats de prévision dans les bas cours, non seulement la réunion éventuelle d’une conférence monétaire internationale, mais aussi et surtout les demandes considérables de métal blanc pour l’Extrême-Orient que pourrait susciter la signature de la paix entre le Japon et la Chine.

N’est-il pas dans les possibilités de l’avenir, cependant, que, l’argent se relevant peu à peu de sa longue dépréciation et l’or devenant d’une abondance extrême par suite d’un développement colossal de la production au Transvaal et en Australie, on ne voie un jour se résoudre d’elle-même, sans lois ni conventions, cette question monétaire où se brise, impuissante, la prétendue science des économistes ? On est encore très loin de l’état de choses qui permettrait d’entrevoir la réalisation d’une telle éventualité. Si toutefois les mines d’or de l’Afrique du Sud et de l’Australie, sans parler des filons des Montagnes-Rocheuses, de l’Oural et de la Sibérie occidentale, tiennent les promesses que font actuellement en leur nom ingénieurs et géologues, il sera plus fait par là pour la réhabilitation de l’argent que par les efforts surhumains où se dépensent les bimétallistes des deux mondes.

Ce serait donc au Transvaal que le monde civilisé pourrait devoir l’unique commencement pratique de solution que