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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/917

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bas prix de la main-d’œuvre. Là, toutefois, il faut s’entendre. L’insignifiance du salaire, 13 à 14 roupies par mois à Bombay pour les hommes, 7 à 8 pour les femmes, 6 pour les enfans [1], est compensée par quelques inconvéniens : l’influence du climat, la paresse naturelle qu’il entraîne, une moindre aptitude et une moindre force pour le travail, résultant de la médiocrité de la nourriture, des absences fréquentes et prolongées. Si les ouvriers Hindous sont moins payés que les ouvriers anglais, on est obligé d’employer les premiers en nombre plus considérable que les seconds pour un même travail. M. Brenier, à qui on doit une étude curieuse et très fouillée sur les progrès de la grande industrie dans l’Hindous tan, estime qu’une même filature de 30 000 broches exigerait 750 ouvriers à Bombay et 120 seulement dans le Lancashire. Il n’en reste pas moins que le rapport du salaire au prix de revient est de 25 pour 100 seulement dans l’Inde, tandis qu’en Angleterre il atteint, en moyenne et pour l’ensemble des industries, 32 pour 100.

Le manufacturier indien a encore pour lui le prix de transport des produits anglais qui, si bas qu’il puisse descendre, représente toujours un certain avantage, surtout pour le coton et le jute, dont l’Inde est productrice. Il faut dire que cet avantage est en partie annulé par les frais de transport que doit acquitter à son tour le fabricant indigène pour son outillage et son combustible. Le régime douanier n’a eu qu’une minime influence sur le développement de la grande industrie moderne dans l’Inde. Un traitement de faveur, accordé d’abord aux produits de Manchester, n’a pas empêché l’essor des filatures et tissages à Bombay. A partir de 1882 les rares droits d’entrée qui subsistaient sur les cotonnades furent supprimés ; il ne resta de droits de douane dans la péninsule que sur les armes à feu, les spiritueux, le sucre, le pétrole, quelques autres articles. Lorsque la baisse du change eut introduit le déficit dans les budgets indiens, le gouvernement métropolitain, sans tenir compte des protestations des autorités locales, établit un droit d’entrée uniforme de 5 pour 100 sur toutes les marchandises importées dans l’Inde, les cotonnades de Manchester seules exceptées. Il est aisé de comprendre quelles colères causa cette exception, qui a depuis été supprimée, et combien peu le manufacturier indigène devait être disposé à accepter le principe de ce traitement différentiel en faveur de son concurrent du Lancashire.

La mesure avait d’ailleurs encore un autre objet, qui était de protéger ces industriels indigènes eux-mêmes contre la concurrence

  1. Les salaires sont plus élevés à Bombay que partout ailleurs dans l’Inde.