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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/913

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Allemands, les Belges, les Italiens, les Espagnols, mais en Russie, dans l’Inde, au Japon, en Chine même. Les vieilles nations industrielles de l’Europe sont en train de perdre le marché du monde. C’est une évolution gigantesque, dont les résultats actuels ou à long terme excédent de beaucoup l’action d’un tarif protecteur. » Les appréhensions qu’inspire aux négocians et aux industriels, en France et dans les autres pays d’Europe, la rapidité de l’évolution industrielle ainsi dénoncée, ont été encore avivées dans ces derniers mois par les événemens politiques qui viennent de s’accomplir dans l’Extrême-Orient. Faut-il donc redouter sérieusement que l’immense Empire moscovite et cette énorme Asie, avec leurs richesses naturelles et la simplicité des besoins de leurs peuples, n’inondent l’Europe de produits manufacturés, aussitôt qu’ils auront adopté les procédés perfectionnés que les découvertes modernes ont mis à la disposition de l’industrie ? Un examen sommaire des faits nous apprendra que, si cette crainte est prématurée, elle n’est pas tout à fait chimérique.

Parmi les pays de civilisation jeune, le plus vaste et celui qui possède la plus étonnante puissance de développement économique est la Russie. En une vingtaine d’années, les progrès économiques y ont été énormes. Notre Exposition de 1889 les avait déjà fait apprécier ; celle de Chicago en 1893 les a mis en pleine lumière, et le témoignage en reste dans une publication très belle du gouvernement russe sur les diverses branches où s’exerce cette activité industrielle de date si récente. Après l’étude que la Revue consacrait, il y a un mois, à l’organisation financière de cet Empire, nous nous bornerons à quelques indications très sommaires. La principale des industries russes est celle du coton : les fabriques se sont multipliées en telle proportion que la Russie occupe aujourd’hui le premier rang, pour la puissance de production, sur le continent européen. Ces fabriques alimentent les marchés de l’intérieur, et leurs produits vont faire concurrence à ceux de l’Angleterre dans l’Asie centrale, on Perse, même dans l’Extrême-Orient. Les dernières statistiques comptent 107 filatures russes avec 200 000 métiers et 10 millions de broches, fournissant des filés pour 113 millions de roubles par année, et 540 fabriques de tissus.do coton avec un mouvement d’affaires qui excède 140 millions de roubles.

Cette industrie est encore obligée de faire venir du dehors la plus grande partie de sa matière première. Pourtant l’Asie centrale donne dès maintenant 109 millions de kilogrammes de coton, dont 50 environ sont expédiés en Russie ; le reste est employé sur place. Le développement de cette culture dans la région n’est entravé que par le bas prix de vente du produit. Grevé des