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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/908

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par une sécheresse comparable à celle de 1893. Les fruits ont été atteints comme les céréales. Pour une grande partie de l’Angleterre, l’année sera une des plus mauvaises que l’on ait jamais vues. Il y a quelques semaines encore, alors que la récolte de loin était déjà si compromise, la situation gardait un trait consolant, la perspective d’une récolte satisfaisante en froment et de prix soutenus ; le rendement sera médiocre, et les prix, on l’a vu, après avoir haussé pour un temps, ont peine à se maintenir.

On a cru longtemps que la prospérité du producteur dépendait de l’excédent de sa production au-delà des plus stricts besoins. Aujourd’hui la plus grande partie des misères économiques peut être attribuée très justement à la surproduction : aussi n’est-il point un article de consommation générale qui ne donne lieu aux plus sérieux efforts en vue d’une limitation, par voie d’entente universelle, de sa production annuelle. Depuis longtemps déjà on a vu les propriétaires des mines de Westphalie, les maîtres de forge de l’Autriche, les compagnies charbonnières de la Pennsylvanie, conclure des accords temporaires pour établir le chiffre maximum où chacun des établissemens contractans pourrait porter son rendement en charbon ou eu fer. De semblables arrangemens se sont produits en Angleterre, en France, aux États-Unis, sur d’autres marchandises. Cette nécessité de limiter sur un point déterminé la capacité de rendement de l’activité industrielle a engendré chez les Yankees le mécanisme si ingénieusement compliqué des trusts, contre lequel la légalité fédérale aussi bien que celle des États est restée impuissante. Le pétrole a tout récemment presque doublé de prix. On disait d’une part que les puits américains étaient épuisés ou le seraient bientôt : mais on a su d’autre part qu’une convention venait d’être conclue entre tous les propriétaires de puits pétrolifères du Caucase pour réglementer la production, et que le fameux trust américain, Standard Oil Company, négociait avec le syndicat russe un arrangement visant le même objet. Le cuivre valait depuis un an 39 livres sterling la tonne, lorsque le seul bruit de négociations engagées entre les compagnies d’Amérique et celles d’Europe pour la fixation d’un maximum de production a suffi pour élever le prix à 44 et 45 livres sterling. L’entente n’a pu aboutir, au moins jusqu’à présent. Si les négociations avaient réussi, quel étrange spectacle que celui de quinze ou vingt puissantes compagnies, exploitant le même article en Espagne, au Chili, au Japon, dans la Vieille-Californie, dans les Montagnes-Rocheuses et sur les rives du lac Supérieur, et s’entendant pour ne pas dépasser, dans leur rendement annuel, un maximum déterminé de production et de vente ! Le prix du coton est tombé si bas, moins de quatre pence