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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/904

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Le mouvement économique


I

La plus urgente des questions sociales à résoudre à l’heure actuelle est encore la question agricole. Il ne faut pas que nos populations des campagnes, si patientes, si dures à la souffrance, se découragent et désapprennent l’amour de la terre. La question agricole est donc le problème qui sollicite avec le plus de persistance et d’âpreté l’attention des gouvernemens et des législatures dans tout le monde civilisé. Des deux panacées que les amis de l’agriculture avaient cru découvrir pour les maux dont l’expression est universelle, l’une, la protection, n’a donné que de douteuses satisfactions ; l’autre, le bimétallisme, s’il était applicable, n’en donnerait que de plus illusoires encore. Si cependant l’agitation bimétalliste n’a jamais été aussi vive, ne s’est étendue à autant de pays que pendant les premiers mois de 1895, malgré l’accroissement continu de la production de l’or, cela est dû aux cris de détresse que l’agriculture a poussés dans les deux mondes, à une insurrection générale des intérêts agricoles, en France, en Angleterre, en Allemagne, contre la concurrence des pays neufs, où le travail se paye avec une monnaie dépréciée.

Ces intérêts, férocement protectionnistes par nature, ne voient de salut, dans la crise qu’ils subissent, qu’en le secours de l’État, mis en demeure par eux d’assurer par des lois le retour de la prospérité. C’est aussi l’intervention de l’État, de la législation, qui est l’objectif principal de la campagne que mènent les bimétallistes, et c’est bien cette communauté de dessein qui a déterminé les protectionnistes à confondre leurs bataillons avec ceux des bimétallistes et à lutter sous le même drapeau. L’alliance a été officiellement signée au début de cette année dans