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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/873

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autre chose que la mesure même fournie par le calorimètre ; elle ne se définit pas autrement. Selon la plupart des physiciens contemporains, la quantité de la chaleur qui est dégagée dans une modification, c’est, par définition même, une quantité proportionnelle au poids d’eau que cette modification porterait de la température 0° à la température 1°, ou encore une quantité proportionnelle au poids de glace que cette modification ferait passer à l’état liquide.

Or, en est-il bien ainsi ? Ce qu’on nomme quantité de chaleur dégagée dans une modification, est-ce simplement une quantité proportionnelle au poids de glace qui peut fondre durant cette modification ? N’est-on pas obligé d’ajouter à cette définition quelque complément tel que celui-ci : « en supposant que toute la chaleur dégagée par la modification soit employée à fondre la glace ? » Or, comment saura-t-on si toute la chaleur dégagée par la modification a été employée à fondre la glace, si l’on n’a pas, par ailleurs, quelque notion de la quantité de chaleur ? Que pourrait signifier ce complément si la quantité de chaleur dégagée était, par définition même, proportionnelle au poids de glace fondue ? La quantité de chaleur est-elle simplement ce que mesure le calorimètre ? Comment, s’il en est ainsi, s’expliquera-t-on que les physiciens, au lieu de prendre simplement pour valeur d’une quantité de chaleur le résultat brut d’une détermination calorimétrique, fassent subir à ce résultat des corrections variées, compliquées, sur la valeur desquelles leurs avis peuvent se partager ? N’est-ce pas parce qu’en réalité ils raisonnent sur une certaine quantité de chaleur abstraite, idéale, dont la notion existe plus ou moins nette, plus ou moins consciente, dans leur esprit ; parce que les propriétés qu’ils attribuent plus ou moins confusément à cette quantité de chaleur idéale justifient l’emploi du calorimètre comme instrument de mesure approchée des quantités de chaleur ; parce qu’en raisonnant sur cette quantité de chaleur idéale, ils reconnaissent la possibilité d’accroître par des corrections la précision de cette mesure ? Les soi-disant définitions modernes de la quantité de chaleur sont-elles autre chose que des exemples concrets, où se trouve impliquée une abstraction ? Mais ne faudrait-il pas une analyse minutieuse pour dégager cette idée des exemples où elle est enveloppée et pour en donner une définition claire ? Si les physiciens qui s’imaginent n’introduire dans leurs raisonnemens qu’une idée concrète ont, en réalité, dans l’esprit une notion abstraite de la quantité de chaleur à laquelle ils pensent nécessairement^ mais inconsciemment, alors qu’ils ne croient parler que de la grandeur mesurée par le calorimètre, que peut être cette notion confuse, indécise, latente,