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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/867

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forme par union plus ou moins intime avec d’autres substances » ; c’est enfin Pierre Prévost, l’ami, le disciple, l’exécuteur testamentaire de Lesage, qui expose la théorie de la chaleur rayonnante selon les idées de Lesage et de De Luc.


IV


Nous voici arrivés au début du XIXe siècle. En Angleterre, les idées newtoniennes commencent à perdre du terrain, les idées cartésiennes à reprendre l’avantage ; Humphry Davy constitue les gaz de tourbillons de matière et d’éther et esquisse une théorie analogue, en bien des points, à celle de Jean I Bernoulli ; cette théorie sera développée par Rankine, au moment de la renaissance de la théorie mécanique de la chaleur, renaissance à laquelle elle contribuera pour une part importante ; de leur côté, Waterston et John Herapath adoptent une idée semblable à celle que Daniel Bernoulli avait exposée dans son Hydrodynamique ; ils forment les gaz de molécules qui se heurtent dans un mouvement rapide dont ils ne cherchent pas la cause ; cette hypothèse est reprise par Joule, au moment où Krœnig la développe en Allemagne.

Pour Joule, pour Krœnig, les molécules des gaz situées, en général, à des distances considérables les unes des autres et, par conséquent, n’exerçant les unes sur les autres que des actions insensibles, se meuvent en ligne droite d’un mouvement extrêmement rapide ; le mouvement de chaque molécule demeure rectiligne et uniforme jusqu’au moment où cette molécule arrive à très petite distance de l’une de ses semblables ; alors un choc se produit, et la molécule repart dans une autre direction ; lorsque les molécules gazeuses rencontrent une paroi solide, elles assaillent celle-ci d’un véritable bombardement, et leurs chocs innombrables, répétés à des intervalles très courts, produisent l’effet d’une pression continue ; cette pression est proportionnelle au nombre des chocs que l’unité de surface de la paroi reçoit pendant l’unité de temps, c’est-à-dire à la densité du gaz, — ce qui est la loi de Mariotte. — Elle est proportionnelle également à la force vive moyenne du mouvement moléculaire, c’est-à-dire à la température absolue, — ce qui est la loi de Gay-Lussac.

Sur ces prémisses, Clausius construit un édifice mathématique complet que Boltzmann, que O. E. Meyer, que Maxwell viennent tour à tour développer et modifier ; bientôt, la nouvelle théorie donne sur la nature et les mouvemens des molécules gazeuses les renseignemens les plus minutieux comme les plus imprévus : longueur moyenne du chemin parcouru par une molécule entre deux