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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/864

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détails du mécanisme par lequel l’agitation de l’éther produit la force élastique des diverses espèces de matière et, en particulier, des gaz.

Dans un récipient plein de gaz, Jean Bernoulli imagine un éther très subtil, pénétrant aisément les pores de tous les corps, en particulier ceux que présentent les parois du récipient, traversant en tout sens ce récipient avec une extrême rapidité. Dans ces torrens de matière subtile, nagent « quantité de corpuscules trop grossiers pour pouvoir s’échapper au travers des pores du récipient » ; divers de figure et de grosseur, ils « laissent entre eux des intervalles si spacieux, que tous ces corpuscules, ramassés en un tas, n’occuperaient peut-être pas la cent millième partie du récipient. » Ces petites masses, emportées par le cours violent de la matière subtile, se meuvent confusément, se heurtant les unes les autres ; « mais ces corpuscules, agités ainsi en tout sens, s’embarrassant les uns les autres par des mouvemens rectilignes opposés, chacun d’eux se trouvera bientôt déterminé à se mouvoir de la manière où il sera le moins un obstacle au mouvement des autres corpuscules, je veux dire à changer son mouvement droit en un mouvement circulaire autour d’un centre. » Il se formera ainsi, dans le récipient, un grand nombre de surfaces sphériques, dont chacune sera comme couverte d’une multitude de petits mobiles, et tournoiera autour de son centre particulier. La force centrifuge due à ces mouvemens gyratoires expliquera les effets que l’on attribue à la force élastique de l’air. « Considérons, à présent, les dispositions que prendront dans le récipient toutes ces surfaces sphériques, et l’effort qu’elles font les unes sur les autres et contre les parois intérieures du récipient, et nous comprendrons que toutes les surfaces, grandes et petites, de tous les degrés, seront dispersées dans l’étendue du récipient de la même manière dont Descartes a conçu que l’univers était rempli de tourbillons de toute forme et de toute grandeur. »

Ces considérations formaient plutôt une ébauche de théorie qu’une théorie ; elles prirent une forme plus précise dans la Xe section de l’Hydrodynamique, publiée en 1738 par le fils aîné de Jean I Bernoulli, Daniel.

Daniel Bernoulli se représente les particules qui composent un gaz comme animées d’un mouvement extrêmement rapide ; elles choquent les parois qu’elles rencontrent, et l’effet que produit chacune d’elles sur la paroi heurtée est mesuré par la force vive qu’elle possède au moment du choc ; ces chocs innombrables, répétés à des intervalles très courts, produisent l’apparence d’une pression uniforme et constante ; la grandeur de cette pression est proportionnelle au nombre de molécules qui viennent heurter la