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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/853

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qui, pendant si longtemps et si lourdement, avaient pesé sur eux. Assurés du lendemain, ils avaient repris leur vie obscure et retirée, car la prudence leur commandait toujours de ne pas trop attirer l’attention. Jean Rubens, d’ailleurs, n’avait plus longtemps à vivre. Sa santé, déjà ébranlée par tant de secousses, était gravement compromise et, le 1er mars 1587, il mourait à l’âge de cinquante-sept ans. Il était auparavant, ainsi que sa femme, revenu à la foi catholique, soit que cette nouvelle conversion fût sincère, soit qu’il voulût se mettre en règle vis-à-vis du Magistrat de Cologne. Lui mort, il n’y avait plus aucune raison pour sa veuve de prolonger son séjour à l’étranger, alors que tant d’intérêts la rappelaient à Anvers. Son parti fut bientôt pris, et, après avoir réglé ses affaires, à la fin du mois de juin de la même année, elle retournait dans sa patrie, munie d’une attestation du Magistrat portant que, depuis 1569 jusqu’au 7 juin 1587, date de ce certificat, elle avait eu avec son mari son domicile habituel à Cologne, qu’elle y demeurait encore et que, toujours, sa conduite et ses mœurs y avaient été excellentes.


IV

Dans cet exposé des faits, tels qu’ils résultent pour nous des documens que, peu à peu, les archives de la maison d’Orange et celles d’Anvers, de Cologne, de Siegen et d’Idstein ont rendus à la lumière, nous avons fait grâce à nos lecteurs des longues et très vives controverses suscitées par la détermination du lieu de naissance de Rubens. Sauf quelques écrivains engagés soit par leurs écrits antérieurs, soit par des considérations patriotiques, assurément très respectables, mais qui n’ont que faire en de pareilles recherches, il est permis de dire que les critiques qui, en ces derniers temps, ont étudié avec une entière impartialité ce problème délicat, l’ont résolu, comme nous croyons devoir le faire aujourd’hui, en faveur de Siegen. Ainsi que le remarque M. H. Riegel, qui nous paraît avoir le plus exactement résumé cette question [1], les difficultés dont elle était entourée s’expliquent assez d’elles-mêmes. La famille des Nassau, aussi bien que celle de Rubens, était intéressée à faire le silence autour des événemens que nous venons de raconter, et, par conséquent, à laisser dans l’ombre l’internement de Jean Rubens dans cette petite ville de Siegen dont le nom, jusqu’à ces derniers temps, n’avait pas même été prononcé. Aussitôt après l’arrestation du docteur, les princes de Nassau avaient cherché à étouffer le scandale. La politique

  1. H. Riegel, Rubens Geburtsort, dans les Beiträge zur niederländischen Kunstgeschichte, I, p. 165.