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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/852

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change subitement d’attitude et de langage. Autant, au début, il avait été humble et coulant, autant il affecte de résolution et d’intrépidité. Il ne songe plus à se dérober à la sommation qui lui a été faite ; il demande même à comparaître à bref délai ; mais il est bien entendu que, s’il est retenu prisonnier, on devra rembourser à sa femme la caution qu’elle a fournie. Ce n’était pas là l’affaire des Nassau, et Rubens, encore enhardi par la façon dont ils accueillent cette mise en demeure, se résout à pousser plus à fond. Pour la première fois, il se hasarde à parler de sa libération définitive et des conditions qu’on y mettrait. Le moment était opportun, semble-t-il, car les débats s’étant engagés à ce propos, les conseillers des princes répondent que cette libération serait acquise moyennant un supplément de 400 thalers à verser par la famille. Là-dessus, nouvelles protestations du docteur qui déclare que ce nouveau sacrifice est absolument au-dessus de ses moyens. Puis reprenant un argument qui lui a déjà si bien réussi : « C’est moi qui ai failli, dit-il, c’est à moi d’expier… Les larmes que ma femme verse nuit et jour m’invitent à oublier mon propre danger et à trouver la prison et la mort, qui permettraient de récupérer ma rançon, préférables à la vie de misère qui l’attend, elle et ses sept enfans. » Cependant, si l’on pouvait se contenter de la moitié de la somme, peut-être qu’avec l’aide de sa belle-mère et de ses autres parens, on arriverait à s’accorder. Mais sa femme doit, en tout cas, ignorer la quittance de 1 400 thalers donnée par lui, car elle croit encore à l’intégralité de sa créance et, si elle découvrait avant le temps la vérité, tout serait perdu.

De fait, vers cette époque, ainsi que nous l’apprend M. Spiess [1], la situation du ménage était devenue de plus en plus difficile. On avait dû renvoyer les pensionnaires et prendre dans la Breitestrasse un logement encore plus modeste. Convaincus qu’il n’y avait plus rien à attendre des Rubens, dans les conditions auxquelles ils étaient réduits, les conseillers de Nassau se rendirent à Cologne pour terminer les arrangemens. Les termes de la transaction furent arrêtés et, au commencement de 1583, elle devint exécutoire, probablement grâce à l’abandon, consenti, moyennant 1 400 thalers seulement, de la créance de Maria Rubens. A la date du 10 janvier, un contrai en bonne forme assurait enfin les deux époux de leur pleine et entière liberté, sans aucun recours possible contre eux.

Quelle que pût être la gêne à laquelle ils étaient encore condamnés, ils se sentaient, du moins, déchargés des préoccupations

  1. Eine Episode aus dem Leben der Ettern P. P. Rubens ; Dillenburg, 1873.