Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/837

Cette page n’a pas encore été corrigée


Médicis avait aussi fini ses jours. A leur instigation, une plaque commémorative fut même posée sur cette demeure doublement célèbre, afin de perpétuer le souvenir d’une si merveilleuse coïncidence.

Il n’y a pas lieu d’ailleurs de s’étonner de tant d’informations erronées. A l’origine ces erreurs avaient été propagées par ceux-là mêmes qui se trouvaient le mieux placés pour connaître la vérité. Elles étaient volontaires et les motifs les plus nobles avaient inspiré le mensonge qui, pendant longtemps, devait trouver créance et provoquer parmi les biographes de Rubens de si nombreuses et si ardentes controverses. Pareille à ces grands fleuves dont la source est ignorée, la vie du maître, éclatante et glorieuse dans son cours, restait pleine d’obscurité à ses débuts. Au lieu d’éclairer la question de ses origines, les siens semblaient avoir pris à tâche d’égarer l’opinion.

En 1877, au moment où la ville d’Anvers s’apprêtait à célébrer le trois-centième anniversaire du plus illustre de ses enfans, la polémique engagée à cet égard entre elle et Cologne s’était ranimée de plus belle, quand un modeste bourg de la région rhénane, Siegen, intervint pour réclamer, avec des titres sérieux, un honneur aussi vivement disputé. L’heure était mal choisie pour vérifier ces titres avec l’impartialité qu’il aurait fallu. Les Anversois ne pouvaient se résigner à la pensée que celui dont ils allaient fêter la naissance avec tant de solennité fût né sur une terre étrangère. Si pénible que fût l’hypothèse qui se produisait ainsi, il fallut bien cependant l’examiner après les fêtes, et ce n’est qu’en défendant pied à pied leur terrain que les critiques anversois devaient céder. Aujourd’hui encore, en présence d’argumens qui nous paraissent irréfutables, quelques-uns de ces critiques ne peuvent se résoudre à accepter des conclusions qui, en dehors des Flandres, sont généralement admises.

En réalité, la naissance de Rubens avait été accompagnée de circonstances dramatiques, plus romanesques que toutes les inventions de ses biographes et qui expliquent assez le mystère dont sa famille avait pris soin de l’envelopper. Quel intérêt ses proches avaient-ils à dépister ainsi les recherches, en prodiguant comme à plaisir les renseignemens les plus mensongers ? C’est ce qui ressortira pour nos lecteurs du simple récit des faits, tel qu’il nous paraît se dégager des documens qui peu à peu ont été exhumés des archives. En même temps qu’il nous initie aux mœurs d’une époque singulièrement troublée, cet épisode de la vie des parens de Rubens met sous nos yeux des noms justement célèbres, et il nous apprend à bien connaître la femme héroïque qui fut la mère du grand artiste.