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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/82

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grandiose, qui marquera une étape dans la conquête du globe par la civilisation, la Russie inaugure une nouvelle politique de tarifs, destinée à multiplier le trafic des voyageurs sur ses voies ferrées. De l’aveu même du ministre, ce trafic se résumait ainsi jusqu’à maintenant : absence d’intensité, longueur relativement minime des parcours, emploi presque exclusif de la troisième classe, faible productivité. Depuis le premier décembre 1894, le prix des billets de troisième classe est fixé à 3 centimes 64 par kilomètre jusqu’à 170 kilomètres ; de 170 à 320 kilomètres, le prix n’augmente plus que de 2 centimes 28 par kilomètre ; de 320 à 350 kilomètres, 65 centimes en plus ; à partir de 350 kilomètres, des zones successives de 54 centimes chacune s’ajoutent au parcours précédent. Le résultat général est une réduction de prix qui va dans certains cas jusqu’aux trois cinquièmes. Les billets de seconde classe coûtent la moitié en sus et les billets de première deux fois et demi autant que ceux de troisième. Cette dernière classe verra sans doute s’accroître son trafic dans la même proportion que la Hongrie, dont l’exemple a inspiré cette réforme.

La Russie semble avoir compris que le meilleur agent d’expansion sera pour elle le chemin de fer. Elle multiplie les lignes, et en met l’usage à la portée du plus grand nombre ; c’est ce qui explique l’ardeur avec laquelle sont poussés les travaux du Transsibérien, l’inauguration des chemins de fer économiques et la réforme des tarifs.


IV

Après les recettes, voyons les dépenses, au premier rang desquelles figure la dette publique, qui se divise en service des emprunts conclus en vue des besoins généraux du Trésor pour 221 millions, et en annuités payées par celui-ci, à charge de remboursement par les compagnies de chemins de fer, pour 55 millions de roubles. Ces chiffres sont exprimés en roubles crédit et comprennent la différence de change payée pour les emprunts stipulés en roubles-or : le calcul est fait à raison de 1 rouble 60 crédit pour 1 rouble-or ; hypothèse très sage, puisque le cours actuel est environ de 1 rouble 50 : si la cote ne se modifie pas au cours de l’année, le Trésor bénéficiera d’environ 2 millions de roubles sur les prévisions. Le total des arrérages ci-dessus correspond à un capital d’environ 6 milliards de roubles, dont les intérêts et l’amortissement coûtent à peu près quatre et demi pour cent. L’augmentation du capital de la dette depuis dix ans a été considérable : au 1er janvier 1885 il ne s’élevait qu’à