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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/81

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coefficient s’élève à 69 pour 100. L’intervention administrative en matière de chemins de fer s’était tout d’abord manifestée, en 1885, par la promulgation du règlement général, qui imposait aux compagnies particulières un ordre sévère dans diverses branches de leur gestion ; en 1887 fut reconnu au gouvernement le droit de réglementer les tarifs, en vertu duquel le ministre des finances procéda à une réforme radicale tant pour les marchandises que pour les voyageurs. Mais ces diverses étapes n’étaient qu’un acheminement à la mesure définitive du rachat, qui a dès aujourd’hui mis entre les mains de l’État les lignes les plus importantes, telles que Pétersbourg à Moscou, à Varsovie, à la Baltique, Moscou-Koursk, Moscou-Nijni, Libau-Romny, Koursk-Kharkoff-Azoff, Lozowo-Sébastopol, Oural, Kharkhoff-NicoIaieff, Varsovie-Terespol, tout le réseau du sud-ouest, sans parler du Transcaucasien, du Transcaspien et du Transsibérien, ce dernier entrepris directement par l’État, ainsi qu’un certain nombre de chemins de fer économiques.

La construction du Transsibérien, qui reliera Pétersbourg, la « fenêtre de l’ouest », à l’Extrême-Orient et se développera sur une longueur presque égale au quart du méridien terrestre, est poussée avec une activité extraordinaire : les travaux avancent à raison de sept kilomètres par jour ; une seule usine a reçu la commande de huit cents locomotives, la plus forte qui ait jamais été faite en une fois à un établissement. Cette ligne sera pour l’Asie ce que les chemins du Pacifique, les transcontinentaux du Canada, ont été pour l’Amérique : elle mettra en valeur la Sibérie et permet de rêver pour le commerce et l’expansion russe un avenir pour ainsi dire sans bornes au XXe siècle. Par cette voie ferrée, l’empire moscovite sera en contact direct avec la Chine et le Japon ; les cosaques qui s’embarquent maintenant à Odessa pour aller coloniser Vladivostok n’auront plus besoin de franchir les Dardanelles et le canal de Suez pour arriver à destination ; le thé des caravanes sera porté en huit jours à Moscou, et les régimens de la garde passeront en une semaine des bords de la Neva à ceux de l’Amour. Il n’est pas besoin d’insister sur la grandeur de l’œuvre et sur son importance pour la Russie : si cette puissance a suivi d’un œil attentif les péripéties de la guerre sino-japonaise, elle a surveillé de plus près encore les négociations de paix entre le Fils du Ciel et le Mikado. Elle voudrait compléter le chemin de fer en s’assurant sur la côte asiatique un port ouvert toute l’année, qui ne fût pas, comme Vladivostok, fermé par les glaces pendant une partie de l’hiver.

En même temps qu’elle poursuit l’achèvement de cette œuvre