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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/76

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indirects, et les chemins de fer, parmi les domaines de l’État, donnent les plus gros contingens, 278 et 180 millions. Rien n’est plus instructif que de parcourir le détail des neuf chapitres qui embrassent l’ensemble des recettes.

Le premier comprend les contributions directes, à savoir la contribution foncière et l’impôt personnel, les patentes et taxes additionnelles, la taxe sur le revenu des valeurs mobilières, que la nomenclature française ne range pas au nombre des impôts directs : l’impôt de cinq pour cent sur les capitaux placés dans les rentes publiques a été établi en 1885 ; il ne frappe pas les rentes extérieures.

Le titre deuxième réunit les contributions indirectes, boissons, tabacs, sucres, huiles minérales, allumettes et douanes. L’alcool est taxé en Russie à raison de 150 francs environ l’hectolitre, c’est-à-dire sept ou huit fois la valeur du produit. Mais le ministre ne veut plus se contenter de percevoir les droits sur la fabrication : il entend introduire le monopole de la vente au profit du gouvernement, réforme conçue, dit-il, par le défunt empereur Alexandre III, et dont l’effet devra être de « donner au lise des armes pour lutter contre la fraude, de sauvegarder les bonnes mœurs, d’empocher la ruine des populations et de protéger la santé publique » : il s’agirait d’appliquer le monopole aux districts de Perm, d’Oufa, d’Orenbourg, de Samara, puis à vingt-cinq provinces du sud, du sud-ouest, du nord-ouest et du royaume de Pologne. Il sera curieux de suivre en Russie l’application d’un système réclamé ailleurs par un certain nombre de publicistes et adopté par la Confédération helvétique.

Les tabacs et les sucres donnent chacun une trentaine de millions. Le gouvernement russe, qui jouit d’une liberté incomparable au point de vue de son intervention dans les affaires, ne s’est point fait faute d’agir à plus d’une reprise sur le marché des sucres, interdisant tantôt l’importation, tantôt l’exportation, achetant parfois lui-même à l’étranger des stocks de marchandises pour faire baisser les prix à l’intérieur, accordant des primes aux fabricans syndiqués de façon à réglementer les prix. Depuis 1894, le sucre en sable paie seul l’accise, qui est d’une trentaine de francs par quintal et que le gouvernement rembourse à l’exportation.

Cette intervention a été encore plus vigoureuse et décisive sur le marché des pétroles : dans le district de Bakou, au bord de la Caspienne, se trouve une nappe d’huile minérale qui compte parmi les plus riches du monde et dont l’importance croît chaque jour en raison de la diminution de la production aux États-Unis. Les