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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/701

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FORMOSIS BRUGA PUELLIS


Les femmes d’autrefois, altières et sereines,
Qui vers ces fiers logis s’avançaient à pas lents,
Érigeaient, sous l’orgueil des tissus opulens,
Les seins durs et polis des antiques Sirènes,

Et lorsque se montraient ces beautés souveraines,
Que rehaussait l’éclair des joyaux aveuglans,
Leurs grands yeux, leurs cheveux d’or sombre et leurs bras blancs
Rendaient les rois pensifs et jalouses les reines.

J’évoque, cependant qu’au bord des vieux canaux
Le carillon du soir descend en cascatelles
De cristal et d’argent sur les pas-de-moineaux,

Leurs corps harmonieux frémissans de dentelles,
Et leurs doigts fuselés que chargeaient les anneaux,
Et le charme effacé de leurs grâces mortelles.


APRÈS ROOSEBEKE


Redresseurs sans merci de leurs griefs anciens,
Voici que les barons ont écrasé les villes,
Remis dans le devoir les multitudes viles,
Et que le grand Brasseur est mort avec les siens.

Les bourgeois sont frappés dans leur vie et leurs biens ;
Les cités ont perdu leurs franchises civiles ;
Et les sombres captifs longent en mornes files,
Les cadavres, rongés des corbeaux et des chiens.

Dans Bruges la conquise où pèse un noir silence,
Les féodaux vainqueurs, ayant quitté la lance,
Vêtus de lourds brocarts, marchent sous le beffroi ;

Pendant qu’au loin, faisant tourbillonner leurs lames,
En chemises de fer, les cavaliers du Roi,
S’embrasent aux lueurs des villages en flammes.