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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/700

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LE TOMBEAU DE CHARLES-LE-TÉMÉRAIRE


La mort depuis longtemps avait brisé l’orgueil
De Charles, que le sang de sa lignée enivre,
Allongé sur l’étang son corps tout blanc de givre,
Et pour jamais éteint les flammes de son œil.

Le roi Philippe deux, pour qu’un si noble deuil
Pût dans notre mémoire immortellement vivre,
Abrita sous le poids d’un lourd tombeau de cuivre
Le grand-duc d’Occident couché dans son cercueil.

Fils d’une magnifique et violente race,
Il garde sa superbe, et sa large cuirasse
Sur son miroir poli porte la Toison d’or ;

Et nous voyons toujours, malgré le sort contraire,
Avec son chef velu prêt à rugir encor,
Le lion qui sommeille aux pieds du Téméraire.


LE MARCHÉ


Dans l’air vif, lumineux et subtil du matin,
La ville est en tumulte et la foule est en joie.
Au milieu du marché la Hanse se déploie.
Les deniers des changeurs font un bruit argentin.

Voici l’ambre léger, né sous un ciel lointain,
Les vins de pourpre sombre où le soleil flamboie,
Les harnais de cuir fauve et les pourpoints de soie,
Les ivoires sculptés et les hanaps d’étain.

Hier, vers Damme et Sluus, quand la mer était haute,
De grands navires noirs s’avançaient vers la côte,
Balancés lentement par les houles du Nord ;

Et les Osterlingen, drapés dans leurs fourrures,
Se dressaient à l’avant des vaisseaux de haut bord,
Sur la proue éclatante où brillaient des dorures.