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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/699

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AUX APPROCHES DE LA NUIT


Les voyageurs errans regagnent leurs auberges,
Avant de s’endormir dans leur morne dortoir,
Pleines d’amour céleste et de mystique espoir,
Les sœurs candides vont prier au pied des cierges.

Le canal sommeillant luit entre ses deux berges,
Et j’écoute, appuyé sur le pont vieux et noir,
Les bruits vagues des eaux et les cloches du soir
Qui chantent doucement sur l’oraison des vierges.

O rêveur triste et las, qui laisses lentement
Pénétrer en ton cœur, comme un enchantement,
Ces voix de songe au fond d’un magique silence ;

Devant les longs clochers hors de l’ombre émergeant,
Repose-toi, tandis que l’Angélus balance
Son cantique parmi les étoiles d’argent.


LE VIEUX MAITRE


Moi, Jan van Eyck, malgré l’effort des envieux
— Que Monseigneur saint Luc, de sa main vénérée,
Puisse à jamais bannir loin de notre contrée ! —
J’ai dompté la couleur, et j’ai fait de mon mieux.

Sachez que j’ai dressé, dans mon zèle pieux,
Les tours du Paradis sur une aube dorée,
Crispé les cheveux noirs de la Vierge adorée
Et dans son trône ardent pourtrait le Roi des Cieux.

Resplendissant et clair comme au sortir des forges,
J’ai peint d’acier bruni le harnois de saint Georges,
Et d’un cœur affermi je marche vers ma fin :

Car, mes œuvres m’ayant orné de grands mérites,
J’irai m’agenouiller devant l’Agneau divin
Dans le pré vert, fleuri de blanches marguerites.