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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/681

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du patriotisme le plus intelligent. Cette héroïque petite nation est habituée à se passer d’alliés et à ne compter que sur elle-même. « Narod sobé » (populus sibï), porte la fière inscription du théâtre tchèque, qui pont servir de devise à tout ce qui s’est fait en Bohême. Mais qui pourrait dire ce que lui apporterait d’encouragement un peu de sympathie française ? L’avantage que nous y trouverions serait même très direct. Le grand obstacle à l’action commune des Slaves est la multiplicité de leurs langages. S’il n’est pas vrai de dire, comme on le répète en Allemagne, que deux Slaves qui ne parlent pas la même langue sont obligés, pour se comprendre, de s’exprimer en allemand, il est certain que le besoin d’une langue internationale est vivement senti par tous les Slaves. Ne serait-il pas d’une importance énorme pour nous que ce fût la langue française ? Déjà il s’est formé, à Prague, une « alliance française » qui propage de toutes ses forces l’étude de notre langue. Mais combien ce mouvement n’aurait-il pas plus d’efficacité si, de France, il recevait encouragement et appui ? La cause des Tchèques est la nôtre. De l’issue de la lutte qu’ils soutiennent, comme les Français du Canada, et par des moyens tout à fait analogues, contre un ennemi dix fois supérieur en nombre, dépend le sort de l’Autriche, et peut-être celui de l’Europe, où les questions autrichiennes sont appelées, d’un jour à l’autre, à passer au premier plan. — Pour peu que nous soyons soucieux de l’avenir, notre intérêt national est de considérer et de suivre avec attention ce qui se passe à Prague.


PIERRE DARESTE.