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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/677

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avant que s’accomplisse le cours de vos années, vous foulerez d’un pied heureux le rivage ensoleillé de la liberté. Aussi laissez la dure main du maître brandir son fouet dans l’ombre, et que chacun garde fidèlement en son cœur la loi dans l’avenir ; que le lien d’un même effort unisse fortement toutes vos pensées ; que toutes vos forces soient concentrées pour le jour de l’action : l’humanité fraternisera, les chaînes des esclaves tomberont, et alors notre drapeau, ô mes frères, flottera haut et étincelant. »


IV

Si ce souhait d’un poète, que nous ne voulons prendre, bien entendu, qu’au sens national et patriotique, venait à se réaliser, saurions-nous, en France, à quel danger nous aurions échappé ? Il n’est que temps de le signaler pendant qu’il menace encore, que la lutte dure, et que l’issue en est toujours cruellement incertaine.

L’ennemi que combattent les Tchèques, quelle que soit la forme de leur lutte, politique ou ethnographique, c’est le vieil ennemi héréditaire de la race slave, c’est l’Allemand. Or cet ennemi est aussi le nôtre. Il l’a été hier, il peut l’être demain encore, sur les champs de bataille. Il l’est aujourd’hui, sous des allures plus dissimulées, mais plus dangereux encore que dans la guerre, et poursuivant avec ténacité un plan de conquête pacifique qui menace toute l’Europe.

L’Autriche n’est-elle sortie de la Confédération germanique, en 1866, que pour graviter dans l’orbite du nouvel empire allemand, et pour devenir par son gouvernement, son administration, sa politique économique et douanière, un instrument de germanisation ? C’est bien ainsi qu’on l’entend en Allemagne : la poussée vers l’Est, le Drang nach Osten, qui a été assigné pour objet aux visées autrichiennes, n’a pas d’autre sens. Le dualisme a été créé en 1867 tout exprès pour diriger l’Autriche dans cette voie en attribuant une prépondérance décisive à deux minorités dans l’empire, les Allemands et les Magyars.

Or cette germanisation menace directement et uniquement les Slaves. Les sept millions ou sept millions et demi de Magyars, entourés de peuples slaves de tons les côtés, tout à fait en dehors des frontières ethnographiques de l’Allemand, et ne se rattachant a aucun peuple congénère, ne portent au germanisme aucun ombrage. Bien au contraire, ils l’aident puissamment dans sa lutte contre les Slaves, que nul ne s’entend à poursuivre avec autant d’âpreté. Mais les Tchèques, les Slovaques, les Polonais, les