Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/67

Cette page n’a pas encore été corrigée


bien mis en lumière dans son rapport sur le budget de 1893 :

« La majeure partie des surfaces emblavées, dit-il, appartient à des laboureurs, qui forment l’élément principal de la population, et qui, sur le sol dont ils sont propriétaires, ne produisent pas assez de grains pour en vendre. Les produits agricoles qui sont exportés ou dirigés sur les marchés intérieurs représentent une fraction relativement minime des quantités recollées. En règle générale, ce n’est pas en vendant des grains que la population agricole se procure des ressources pécuniaires, c’est en exerçant diverses industries, en allant au loin chercher du travail, etc. ; année moyenne, les familles de laboureurs qui achètent du grain sont plus nombreuses que celles qui en vendent. Lorsque la récolte est bonne, il y a accroissement dans le pays des stocks en nature qui servent à assurer la consommation individuelle, à entretenir et à améliorer la production agricole elle-même… Pendant les bonnes années, les familles de laboureurs se constituent une réserve de forces, augmentent leur consommation, améliorent leur exploitation et leur installation… On voit fleurir à la fois les usines et manufactures, dont les produits répondent à un besoin universel, et les industries domestiques ; les transactions commerciales sont plus actives ; les entreprises de transport prospèrent ; les revenus de l’État donnent des plus-values. Pour la Russie, envisagée dans son ensemble, une bonne récolte, fut-elle accompagnée d’une certaine baisse des prier, est une véritable bénédiction. »

Voilà une excellente leçon d’économie politique donnée par M. de Witte aux jérémies contemporains qui se lamentent sur le sort de la misérable humanité, condamnée à un excès de production et de consommation ! Les quinze cent mille bouches nouvelles que l’Empire a tous les ans à nourrir en plus, sont prêtes à absorber les meilleures récoltes. Quelques auteurs, connue le professeur Dokoutchaieff, vont jusqu’à s’inquiéter, au contraire, de certains symptômes d’appauvrissement des terres au sud et au centre de la Russie : l’évaporation progressive de l’humidité du sol et l’abaissement des cours d’eau changeraient en sable des espaces autrefois fertiles. Il est vrai que la Sibérie est là pour compenser les déficits futurs des moissons européennes.


I

Le premier budget russe qui ait été publié est celui de 1862 ; le premier dont le contrôle de l’Empire ait fait paraître le compte rendu est celui de 1856. Depuis lors, la population de l’Empire