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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/664

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cette fois les espérances des Tchèques. Sous l’influence du comte de Beust, qui avait succédé à Belcredi, une seule des nationalités de la monarchie, la seule qui ne portât point ombrage aux aspirations pangermaniques grandissantes, les Magyars, se firent la part du lion. La Hongrie obtint une quasi indépendance. Le reste de la monarchie, sorte de demi-cercle composé des élémens les plus disparates, fut constitué en État distinct, désigné, faute de mieux, sous le nom d’État « cisleithan », avec parlement central à Vienne, pourvu des attributions les plus larges.

Les Tchèques refusèrent de siéger. Le 22 août 1868, les députés tchèques signèrent une déclaration expliquant qu’il n’y avait pas de place pour les représentans de la Bohême dans une assemblée dont l’existence même était la négation des droits de leur patrie.

Cette abstention était un grave péril pour les nouvelles institutions. Depuis que le dualisme avait séparé la Hongrie du reste de la monarchie, la Bohême et ses annexes étaient devenues le plus important des « royaumes et pays représentés au Reichsrath », pour parler le style officiel. Que devenait le Reichsrath sans les députés de ce royaume ? Dès 1869, des efforts furent tentés pour amener un compromis, et le 12 septembre 1870, sous la pression des événemens, sentant la nécessité de résister à la puissance croissante de l’Allemagne par la coalition de toutes les forces non allemandes de l’empire, le gouvernement autrichien, par décret, reconnaissait, plus officiellement que jamais, les droits historiques de la Bohême, et renouvelait la promesse solennelle du couronnement.

L’illusion, cette fois, ne dura que six semaines. La velléité de résistance à l’Allemagne avait fait place à la crainte de la nouvelle et formidable puissance qui allait être l’empire allemand. La Diète de Bohème avait à peine élaboré des articles fondamentaux, en harmonie avec le décret du 12 septembre, que, le 30 octobre, l’ordre fut donné de procéder « aux élections comme par le passé.

Les députés tchèques persévérèrent dans leur abstention : mais elle ne tarda pas à leur être reprochée en Bohême même. Leur absence au Reichsrath permettait le vote des lois les plus funestes, notamment celui des lois électorales de 1873, conçues de manière à favoriser partout l’élément allemand. D’autre part, le système des élections directes ayant été substitué à celui des élections par les diètes, la raison de l’abstention n’était plus la même. La Bohême ne pouvait envoyer de représentans au Reichsrath : mais les électeurs de chaque circonscription le pouvaient