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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/663

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Les douze années qui suivirent furent des plus dures pour la Bohême. Les derniers vestiges de l’ancienne constitution avaient disparu. La Diète, depuis 1848, n’était plus convoquée. Le régime de centralisation allemande et d’autoritarisme militaire se montra dans toute sa rigueur. Ce fut le temps des procès de presse, des persécutions et des tracasseries administratives, le temps du « système autrichien » dans le sens le plus déplaisant du mot. Pour que le découragement n’ait pas envahi les Tchèques, il n’a fallu rien moins que leur extraordinaire énergie et leur foi enracinée dans leur droit et dans leur avenir.

Les revers de la guerre d’Italie marquèrent la fin du système. Le gouvernement autrichien sentit que le régime d’autorité avait fait son temps et que le moment était venu de constituer des représentations nationales.

Trois fois, en 1861, en 1865, en 1870, les Tchèques purent croire que cette volte-face du gouvernement tournerait à la reconnaissance de leurs droits. Trois fois cet espoir fut déjoué par les efforts combinés des Allemands et des Magyars.

Le diplôme du 10 octobre 1860 avait tracé les grandes lignes d’une constitution fédérative de la monarchie autrichienne, avec un parlement central composé de députés élus par les diètes de chaque État. La joie fut immense en Bohême : et la déception n’en fut que plus sentie lorsque la constitution du 24 février 1861, doublée de lois électorales qui sont encore en vigueur aujourd’hui, établit à Vienne un Reichsrath, doté de l’essentiel des attributions législatives, en réduisant singulièrement le rôle des diètes locales, et en réglant les élections de façon à assurer partout, à ces diètes comme au parlement de Vienne, la majorité aux Allemands.

Le Reichsrath institué en 1861 put à peine siéger. Les Hongrois, les Croates, les Tchèques et les Moraves avaient refusé d’y envoyer des députés. Le gouvernement dut céder. En 1865, le ministère Schmerling fut remplacé par un ministère Belcredi, qui reçut la mission de rédiger une constitution plus en harmonie avec les aspirations des diverses nationalités. La Diète de Bohême vota aussitôt une adresse de remerciemens. à laquelle l’empereur répondit par la promesse de se faire couronner roi : promesse dont il faut saisir toute l’importance, en se rappelant que la vieille constitution de Bohême n’admet l’autorité que du roi couronné, et que de tous les souverains de la Bohême, le roi François-Joseph était le seul et le premier qui n’eût pas ceint solennellement, à Prague, la couronne historique.

Les événemens de 1866 se chargèrent de renverser encore