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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/596

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Sans avoir non plus le même génie d’organisation que les dames du Nord elles savent, au besoin, se mettre à la tête de mouvemens généreux : par exemple elles se sont liguées contre la loterie, un danger public, et elles ont réussi, tout appauvries qu’elles soient, à rassembler en s’associant la somme nécessaire pour élever dans le cimetière de Greenwood un monument à la mémoire des soldats confédérés.

Mrs M.-R. Field, qui signe Catharine Cole ses articles du Picayune, ne fut pas la moins écoutée parmi les oratrices à la Foire universelle. Elle a exposé avec autant de netteté que d’éloquence le développement, des arts, de l’industrie, du commerce, de l’agriculture dans son État natal ; et, ce qui m’a intéressée beaucoup plus encore que cette nouvelle, dédiée aux partisans de l’égalité des sexes : — une femme est capitaine, en Louisiane, d’un bateau à vapeur ! — c’est ce qu’elle a dit du goût que montrent beaucoup de jeunes filles pour les travaux de la terre. Un grand exemple leur est donné par miss K. Minor, à qui son autorité reconnue, en ce qui concerne l’industrie du sucre, valut d’être chargée de prononcer une adresse devant le congrès des agronomes réuni à Chicago. Dans toutes les paroisses autour de la Nouvelle-Orléans se trouvent des femmes planteurs, horticulteurs et éleveurs, d’excellentes fermières. Tout le long de la ligne centrale de l’Illinois, il y a des vergers et des potagers exploités par les femmes ; elles envoient des fraises et des petits pois précoces en janvier aux millionnaires de Chicago. Les fruits, les fleurs de la Louisiane représentent une richesse ; et quel emploi plus charmant de l’activité d’une femme que la culture d’un jardin ?

La nature en effet donne sans qu’on l’y invite dans ces climats quasi tropicaux : la mousse espagnole qui semble n’exister que pour prêter aux forêts assombries une beauté fantastique se vend de trois à sept sous la livre avant d’aller rembourrer les matelas sous le nom de crin végétal ; les négresses en arrachent des poignées en passant pour les troquer contre diverses marchandises ; les racines fibreuses du latanier servent de brosses. Catharine Cole énuméra en détail les ressources inépuisables de son pays : forêts de cyprès qui fournissent pour les bateaux, les barils, les meubles, les charpentes, leur bois veiné comme de l’onyx ; pâturages sans bornes, sources minérales, marais giboyeux, cours d’eau remplis de poissons délicats, roseaux d’où s’envole la précieuse aigrette blanche, bétail qui disparaît presque dans l’épaisseur du trèfle, que sais-je encore ? Et elle ajouta triomphalement : « Dans ce pays béni, point de divorces, ou si peu ! » en finissant