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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/590

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France et l’Amérique dans un même amour, s’appliquant à montrer les liens étroits de parenté entre les républiques si ours, à faire ressortir les rapports qu’offrent leurs deux histoires. L’énumération des travaux que produisit la plu rue infatigable de Gayarré serait ici trop longue. Il a touché à toutes les questions historiques, financières, commerciales, industrielles de son pays ; il a fait du théâtre, du roman ; il a contribué aux progrès de l’instruction publique. Orateur politique avant tout, il s’est acquis une réputation de conférencier dans les deux langues qu’il écrivait également bien. La Nouvelle-Orléans n’a pas produit d’esprit plus varié, plus fécond, ni de caractère plus intègre. Je m’estime heureuse d’avoir pu le saluer dans sa retraite.

Le nombre des créoles de ce type si tranché devient rare depuis la fin de l’ancien régime. Beaucoup de fils de famille étaient alors élevés en France ou allaient du moins y achever leurs études ; la fondation de l’Université mit fin à celle tradition, surtout après le développement que lui donnèrent les dons magnifiques de Paul Tulane, — philanthrope originaire de notre vieille Touraine, — lequel consacra 1 050 000 dollars à une œuvre qui l’a fait justement considérer comme le grand bienfaiteur de la Louisiane. Aujourd’hui on chercherait en vain de ces lettrés créoles qui, sous prétexte d’avoir été au collège à Paris, ne savaient plus parler anglais ; mais le français est encore pour un grand nombre la langue maternelle, celle dont on se sert entre soi dans l’intimité de la famille. Les femmes surtout conservent pieusement cette habitude. Ce sont de véritables Françaises qui m’ont servi de ciceroni dans plusieurs de mes promenades, des Françaises qui faisaient honneur par la distinction et la beauté à leur lointaine patrie, et chez lesquelles je constatais des qualités sentimentales, un enthousiasme, d’aimables préjugés remontant à une époque disparue chez nous, mais qui se perpétue là-bas.

Avec orgueil elles me montrent non loin de la ville « les Chênes », le magnifique bouquet d’arbres géans mélancoliquement frangés de mousse espagnole qui pend à tous leurs rameaux endeuillés. L’ombre noire qu’ils projettent abrita plus d’un duel à mort. C’était là, au bon temps, un terrain de combat. Je m’explique maintenant cette inscription : Victime de l’honneur, que l’on rencontre souvent dans le vieux cimetière Saint-Louis. Les cimetières, non pas celui-là, mais trois ou quatre cimetières moins anciens, la Métairie, Greenwood, Chalmette, etc., sont de véritables parcs. Les promeneurs y trouvent des allées bien entretenues, de superbes ombrages, des monticules surmontés de statues, un luxe merveilleux de fleurs. Morts et vivans se