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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/586

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Ici tout est d’un ton brun foncé, les briques de la grande maison au long balcon en saillie, les vieilles boiseries intérieures, les visages des enfans et toutes ces figures encadrées de coiffes blanches qui les noircissent encore par le contraste, figures que la nature ne semble pas avoir modelées pour le voile, mais qui sont cependant si dignes de le porter. Devant elles il faut bien croire aux anges noirs et admettre que leur race est non seulement capable d’impulsions généreuses, mais aussi de persévérance. C’est en 1842 que trois ou quatre jeunes filles de couleur se réunirent pour fonder cette congrégation, d’abord dans un petit local où elles faisaient le catéchisme, préparant les négresses de tout âge à la première communion, prenant soin des malades. Mais elles se heurtaient à des difficultés de toute sorte, auxquelles mit lin seulement l’abolition de l’esclavage. Les maisons de la Sainte-Famille se multiplièrent pour les orphelins, pour les infirmes ; les bonnes sœurs ouvrirent même une école de garçons. Aujourd’hui ces religieuses sont au nombre de quarante-neuf, suivant la règle de saint Augustin ; le noviciat est très long pour elles, et chaque année elles renouvellent leurs vœux qui ne deviennent perpétuels qu’au bout de dix ans révolus. Celle qui nous fit les honneurs du couvent de la rue d’Orléans, une toute petite femme délicate, me toucha par son humilité charmante : « Ah ! disait-elle, si nous pouvions être aidées par quelques maîtresses venues de France ! » Le programme d’études de leur « Académie » est peut-être un peu vieillot et naïf ; je le transcris sans commentaires : Education solide, utile et chrétienne. Les cours embrassent : lecture, écriture, dictée, orthographe, grammaire, compositions, géographie, arithmétique, algèbre, histoire, rhétorique, philosophie naturelle, astronomie, science, étiquette, couture en tout genre, broderie, crochet, tapisserie, fleurs artificielles (en cire, en tarlatane, en écailles de poisson), dessin, peinture, français, espagnol, musique.

Deux petites demoiselles, — lune en pain d’épices, l’autre en ébène, — me prouvèrent que la musique au moins était très bien enseignée, ce qui me donne bon espoir pour les autres branches d’instruction, même si la science et la philosophie ne sont pas poussées bien loin. L’essentiel eu tout cas est appris à ces enfans : elles subissent la contagion de vertus admirables. Dans la cour où sèche une lessive, je vois jouer et se traîner les pickanninies, les tout petits négrillons de l’asile qui touche au pensionnat. — « Oh ! me dit la sœur avec son doux parler sans r, nous en avons de bien plus jeunes ! On n’en refuse aucun, pas même les bambins de quelques mois à peine. Nous les nourrissons comme nous pouvons. Le moyen de les abandonner ? »