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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/554

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décomposition et d’ « agonie chronique ». C’est un signe que « ce qui devait périr ainsi dans le catholicisme, c’était la doctrine, et non l’organisation, qui n’a été passagèrement ruinée que par suite de son adhérence à la philosophie théologique… » — C’est cette organisation qu’il faut rétablir.

Remarquez enfin que ce pouvoir spirituel ne périt jamais ; seulement il y a des époques anarchiques où il est exercé par n’importe qui. Il l’est de nos jours par des littérateurs, des romanciers, des avocats, des journalistes. Il devrait l’être par des gens sachant quelque chose. Organisons le pouvoir spirituel de la science. Il y a une « papauté de l’avenir ». Ce sera une papauté scientifique.

Cette idée n’est pas au terme des méditations d’Auguste Comte ; elle est au commencement, au milieu et à la fin. Elle est en 1825 dans les articles du Producteur sur « l’organisation du pouvoir spirituel » ; elle est l’objet où tend le Cours de philosophie positive tout entier. Le réaliser est ce qu’essaye la Politique positive. Il n’y a aucune contradiction ni même aucun changement véritable dans la pensée de Comte de 1820 à 1857. On a, depuis longtemps, abandonné l’idée d’opposer la Politique positive à la Philosophie positive. Celle-là est le développement naturel de celle-ci. Dans la Politique positive l’organisation du pouvoir spirituel se transforme simplement en une religion. Mais quelle religion ? Religion non théologique, religion non métaphysique. Comte avait posé en principe que la morale consistait à s’écarter progressivement de l’animalité, de l’état d’enfance, de l’individualisme. Il en vient naturellement à une morale sociale qui considère l’individu comme, en vérité, n’existant pas, et l’espèce comme existant seule. Confondre ses intérêts avec ceux de l’espèce, vivre en elle et en elle seule, ne considérer que son progrès, se considérer comme une cellule seulement de ce grand corps, voilà la morale. Mais l’espèce ne doit pas être considérée seulement au temps où nous sommes ; mais dans son ensemble depuis qu’elle existe ; c’est donc à l’humanité tout entière, depuis son commencement jusqu’à son avenir le plus éloigné, que nous nous donnons corps et âme. De là le « culte de l’humanité ». L’humanité est le dieu que nous devons adorer. A elle toutes nos pensées et en considération d’elle tous nos actes.

Voilà la religion de Comte dégagée de l’appareil liturgique dont son imagination s’est plu à la surcharger assez ridiculement. Car Comte est un curieux exemple à l’appui de sa théorie sur la survivance des anciens états à travers les nouveaux : il a l’esprit scientifique ; de la période métaphysique il garde le goût des