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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/549

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définition la dépasse ; mais de l’abstention de la science à cet égard les esprits légers ont conclu à la négation ; et l’athéisme, ou la tendance à l’athéisme, a été le dernier terme du philosophisme pseudo-scientifique.

A un point de vue plus général encore, l’esprit du philosophisme a été essentiellement négateur et négatif. Né d’une « protestation » contre l’ancienne organisation spirituelle, ce qu’il a poursuivi comme instinctivement c’est toute organisation spirituelle, et même sociale, l’organisation sociale étant un effort organisateur de l’esprit, et même morale, la réglementation morale étant le plus grand effort organisateur de l’esprit humain. « L’homme artificiel » de Diderot créé par la civilisation pour remplacer l’homme naturel, et qu’il faut détruire tout entier, c’est la vue la plus nette à la fois et la plus générale, le terme extrême, logique et fatal de tout le mouvement philosophique des trois siècles. « Depuis le simple luthéranisme primitif jusqu’au déisme, sans en excepter ce qu’on nomme l’athéisme systématique qui en constitue la phase extrême, cette philosophie n’a jamais pu être historiquement qu’une protestation croissante et de plus en plus méthodique contre les bases intellectuelles de l’ancien ordre social, ultérieurement étendue, par une suite nécessaire de sa nature absolue, à toute véritable organisation quelconque. » Au fond le mouvement des esprits depuis le XVIe siècle jusqu’à 1789 est une révolte ayant l’individualisme comme tendance, le nihilisme pour terme.

L’esprit révolutionnaire est venu ensuite, qui, lui, est un essai d’organisation. Il a essayé d’organiser quelque chose avec les principes uniquement désorganisateurs que, comme héritier de l’esprit philosophique, il avait entre les mains. De la libre pensée individuelle il a fait le dogme de la liberté, de l’esprit anti-hiérarchique il a fait le dogme de l’égalité, de l’esprit anti-autoritaire il a fait le dogme du suffrage universel.

Tous ces principes sont autant dénégations auxquelles on donne des noms positifs. Rien d’excellent comme la liberté de penser, de chercher, d’écrire, de parler, mais, évidemment, à la condition qu’elle aboutisse, et par conséquent qu’elle cesse. Quand vous vous donnez à vous-même, personnellement, la liberté de chercher ce que vous avez à faire, c’est probablement, non pas pour le chercher toujours, mais pour le trouver ; et, quand vous l’aurez trouvé, pour vous y tenir et vous y lier ; et, donc, pour sortir de l’état de liberté où vous étiez provisoirement mis. La liberté n’est donc qu’un état négatif, nécessaire quelquefois, pour arriver à un état positif où elle cesse et doit cesser. Elle est essentiellement un