Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/548

Cette page n’a pas encore été corrigée


toute l’anarchie intellectuelle étaient contenus dans le protestantisme dès qu’il cessait d’être un catholicisme radical.

Ajoutez à cela que, comme entrée de jeu, il supprimait la grande invention chrétienne, la distinction du temporel et du spirituel. Pour lutter contre le catholicisme, il faisait rentrer, sous le pouvoir temporel, d’abord le pouvoir spirituel protestant, ensuite le pouvoir spirituel catholique. Il mettait dans chaque nation protestante l’autorité spirituelle suprême aux mains du souverain civil. Il forçait, dans chaque nation catholique, le clergé catholique à se serrer autour du souverain civil ; et « c’est seulement à cette époque de décadence que commence essentiellement, entre l’influence catholique et le pouvoir royal, cette intime coalition spontanée d’intérêts sociaux… » A partir de ce moment il est presque vrai de dire que, comme il y a des protestantismes, il y a aussi des catholicismes, un par peuple, chose absolument contraire au principe, à l’esprit, et à la salutaire influence du catholicisme, et destructrice de sa constitution, de son organisation et de sa vertu. L’esprit catholique vit encore, ici, là et plus loin ; mais le monde catholique n’existe plus.

C’est alors que, du sein du protestantisme émancipé et hasardeux, d’une part, du sein de l’antiquité renaissante d’autre part, le philosophisme s’élance, se dégage, se développe et se répand. Il est la pensée humaine libre, indisciplinée, sans autorité spirituelle qui la guide, l’éclairé ni la contienne. Il est la pensée individuelle, sans aucun besoin de lien, de communauté, de communion avec d’autres pensées. Il va, sans plan arrêté, ce qui serait contraire à son humeur propre, mais il va cependant du protestantisme orthodoxe au protestantisme libre, du protestantisme libre au déisme, du déisme au naturalisme et du naturalisme à l’athéisme. — Pourquoi cette progression au lieu d’une pure et simple anarchie, et d’un pur et simple chaos, ce qui semblerait naturel, la pensée étant toute libre et tout individuelle ? D’abord à cause d’une progression dans l’audace qui est habituelle à l’esprit de l’enfant, je veux dire à l’esprit humain, quand il s’affranchit après une longue discipline. Ensuite à cause du mouvement scientifique rapide, précipité et mal compris. La science exclut la métaphysique, elle s’en passe et doit s’en passer. Ce n’est pas à dire qu’elle la nie ; elle se refuse seulement le droit d’y entrer. Mais les esprits enivrés de certitude scientifique, de ce que la science ne prouvait pas Dieu, conclurent qu’elle prouvait qu’il n’existait pas. Il serait aussi ridicule à la science de prétendre prouver la non-existence de Dieu que son existence, puisque dans les deux cas ce serait s’occuper de surnaturel, ce qui par