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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/476

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de gymnastique oratoire auxquels les conviaient sans cesse les radicaux et les socialistes, ils en seraient venus à bout. Mais le gouvernement n’a rien proposé, et la Chambre s’est laissée aller à la dérive jusqu’au jour où l’urgence de sa séparation l’a obligée à bâcler une besogne qui, soit hasard, soit parti pris, avait été accumulée à sa dernière heure. On a voté les contributions directes sans respirer, en une seule séance, pas intégralement il est vrai. Nous allons y revenir. Mais auparavant il faut dire quelques mots de la discussion de la réforme des boissons et de l’arrangement commercial avec la Suisse.

La réforme des boissons ! Il y a de longues années qu’on en parle, et il est à craindre qu’on n’en parle encore pendant de longues années. Ce qui vient de se passer ressemble tellement à ce qui s’était passé au cours des épreuves précédentes, que le même dénouement semble inévitable. Or ce dénouement a été toujours négatif. D’où vient la difficulté de la réforme ? Tout le monde la connaît. Notre situation budgétaire ne nous permet pas de faire de dégrèvemens ; pourtant, on veut dégrever les boissons dites hygiéniques et qui, le plus souvent, méritent si peu cette épithète. Ce sont les vins, les bières, les cidres, etc. Pour les dégrever, il faut grever l’alcool. L’alcool est le bouc émissaire qu’on charge, et Dieu sait à quel point il y prête ! de tous les méfaits contre l’hygiène : dès lors, il parait naturel et légitime de le frapper, au profit de ces innocentes qu’on intitule les boissons hygiéniques. M. le professeur Lannelongue, avec sa haute autorité scientifique et avec une puissance d’argumentation dont son auditoire a été saisi, a renouvelé le procès de l’alcool. Il y a mis une éloquence pleine de chaleur, et sa conviction s’est répandue sur tous les bancs de la Chambre. Rien de mieux ! M. Lannelongue a plaidé la cause de la santé publique ; c’est la meilleure de toutes. Mais on ne peut surcharger l’alcool sans soulever la question des bouilleurs de cru, et sans lui donner une acuité proportionnelle à l’élévation même de droits dont l’alcool est atteint. Ils sont nombreux, les bouilleurs de cru ; ils sont ardens ; ils sont habiles. Rien ne les lasse ni ne les décourage. Ils sont habitués à perdre la première bataille et à gagner la seconde : après cela, ils dorment parfaitement tranquilles, fixés désormais sur le sort définitif de la loi. La première bataille se livre sur la question de leur privilège ; ils la perdent régulièrement. Leur confiance n’en est pas le moins du monde ébranlée. Ils demandent alors qu’on leur concède un certain nombre de litres d’alcool destinés à la consommation familiale. C’est la même question sous une autre forme ; c’est le même principe sous un aspect plus respectable ; pour parler français, c’est exactement la même chose, mais avec une limite au moins apparente. Cette fois, les bouilleurs ont obtenu dix litres : premier succès. L’avantage devient ensuite de plus en plus considérable à mesure que le droit sur l’alcool est plus élevé. Si chaque bouilleur peut arracher dix litres à