Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/471

Cette page n’a pas encore été corrigée


mouvement dont il s’inquiète si fort ne se produit peut-être qu’à la surface de la société anglaise, et que la majorité des femmes de son pays restent fidèlement attachées à l’idéal féminin des siècles passés. « Le fond du caractère de la femme, dit-il, n’a point changé. Voyez par exemple les journaux qu’elle lit, ses jeux, ses occupations favorites : vous n’y trouverez aucun indice d’une évolution, rien qui dénote une aspiration vers un but nouveau. Le Lady’s Pictorial, le Woman’s World, la Queen, continuent à entretenir surtout leurs lectrices de la mode du jour et des menus événemens mondains. Loin de moi la pensée de les en blâmer ; mais n’est-ce point la preuve que les femmes et les jeunes filles anglaises restent parfaitement étrangères à toute idée de révolution ? »

Le mal n’existe encore qu’à la surface, et M. Quilter ne croit pas le moment venu de désespérer. Mais il demande à la femme anglaise de choisir décidément entre son rôle ancien et le nouveau rôle qu’on l’invite à jouer. « Faites-nous savoir, lui dit-il, lequel de ces deux partis vous paraît le plus digne de vous : ou bien de chercher de nouvelles sanctions et de nouvelles missions, et de poursuivre contre nous une lutte où vous n’avez rien à gagner, ou bien de rester telle que nous vous avons connue — et aimée — de tout temps, notre soutien dans la tâche et la lumière de notre vie. Ah ! si vous pouviez revenir simplement à votre idéal d’autrefois ! Si vous pouviez recommencer à ne vous préoccuper que de plaire et d’aimer ! Ce serait en vérité le plus heureux progrès que vous puissiez faire. Car il n’y a rien au monde d’aussi beau ni d’aussi fort qu’une femme, à la condition qu’elle ait le courage de rester femme, et de remplir le rôle que Dieu lui a confié ! »

Un article de M. Richard Davey sur la « Condition présente de la femme en Turquie », dans la Fortnightly Review de juillet, présente le contraste le plus singulier avec toute cette littérature de la femme nouvelle. Non pas, cependant, que la femme turque n’aspire, elle aussi, à se renouveler, et que le vent de révolution qui souffle sur l’Angleterre ne se fasse un peu sentir jusqu’au fond des harems de Constantinople. Une dame turque, qui parle l’anglais admirablement, et qui est de plus une excellente musicienne, disait récemment à M. Davey que sa situation et celle des autres femmes de sa race leur devenait tous les jours plus intolérable. « Songez donc, n’est-ce pas une chose terrible que moi, qui suis passionnée de musique, et à qui mon mari serait si heureux d’être agréable en toute chose, je ne puisse de ma vie aller dans un théâtre ni dans un concert ; qu’il me soit à jamais interdit de sortir des limites de l’Empire ottoman, et que tout échange d’idées me soit