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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/468

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des universités anglaises. Depuis longtemps en effet celles-ci sont ouvertes aux femmes, à l’exception de deux, Oxford et Cambridge, auxquelles il faut joindre encore en Irlande l’université de Dublin. Et c’est contre cette exception que proteste le bachelier ès arts de la Fortnightly Review, brandissant en guise d’argument l’exemple de miss Chisholm. « En refusant leurs grades aux femmes, dit ce galant bachelier, les trois universités se mettent en révolte contre l’Europe entière. » Et il ajoute que, d’ailleurs, le but de sa protestation est simplement de s’élever contre une injustice, que l’admission des femmes aux grades d’Oxford et de Cambridge ne saurait avoir pour elles aucun avantage pratique, sinon de leur donner, en échange d’une somme de huit livres sterling, un diplôme dont elles peuvent se procurer l’équivalent dans dix autres universités.

Un professeur de philosophie d’Oxford, M. Thomas Case, a pris la peine de répondre, dans la Fortnightly Review de juillet, à ce bachelier anonyme. Encore s’attend-il à soulever dans le public « une tempête d’indignation ». Mais il estime qu’il a le droit et le devoir de se prononcer sur un sujet de ce genre, ayant enseigné à Oxford durant plus d’un quart de siècle.

Et il nous apprend d’abord que la campagne engagée par le bachelier ès arts n’est que la suite de nombreuses campagnes antérieures dont chacune a eu pour effet défaire accorder aux femmes de nouveaux privilèges, dans les règlements de l’université. Non seulement les femmes sont admises, dès aujourd’hui, à la plupart des examens d’Oxford, mais elles y jouissent encore d’avantages exceptionnels. Elles sont dispensées de répondre sur le latin et le grec ; elles peuvent passer l’examen du second degré sans s’être d’abord présentées au premier ; elles n’ont à justifier d’aucun stage. Un seul droit leur est refusé, celui de devenir bachelier ès arts : et cela pour cette raison décisive que le grade de bachelier ès arts confère à celui qui l’obtient le titre de membre permanent de l’université. — Pourquoi donc, demandera-t-on, les femmes ne pourraient-elles pas devenir membres de l’université d’Oxford ? — M. Case en énumère longuement les motifs, dont quelques-uns risqueraient de paraître trop spécieux ou nécessiteraient trop de commentaires. Mais de son argumentation il résulte, en résumé, que l’Université d’Oxford a été destinée, de par les lois mêmes de son organisation, à être exclusivement une université pour hommes. Le cours des études, le régime de vie des étudians, tout y rend impossible la cohabitation de personnes des deux sexes.

C’est que le professeur Case admet encore, suivant la manière ancienne, la nécessité d’une éducation différente pour les deux sexes ; tandis que, par un phénomène singulier, les nouveaux sexualistes