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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/444

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Râaouab ; il est venu déranger des chronologies très bien assises et réclamer sa place, et l’on ne sait où la prendre, cette place, tellement l’histoire avait été bien faite avant cette découverte. Certaines gens estiment que c’est la plus belle découverte de M. de Morgan ! Je ne saurais être de leur avis et je préfère cent fois la statue de ce Pharaon à ce Pharaon lui-même. Son nom ne dit rien, sa statue, au contraire, parle, et parle très haut. Elle est en bois et haute de 1m,45. Les yeux ont été incrustés et semblent encore remplis de vie. Le roi est représenté debout, en marche, et devait tenir dans sa main gauche un bâton et dans sa main droite un mouchoir. Tout le travail est d’une perfection qui ne le cède en rien à la célèbre statue en bois trouvée par Mariette, qui a figuré à l’Exposition universelle de 1878, et qui est connue sous le nom de Scheikh el beled, parce que les fellahs qui la découvrirent crurent voir en elle la statue du maire de leur village. La statue du nouveau Pharaon est d’un autre type que celle de Ramké ou du Scheikh el beled ; elle est plus élancée, et d’ailleurs entièrement nue, si l’on excepte la tête qui est couverte de l’une des coiffures égyptiennes. Tous les détails anatomiques connus alors ont été rendus avec une fidélité scrupuleuse par l’artiste qui a exécuté cette statue, et le travail est au-dessus de tout éloge. La figure éclairée est vivante d’expression et semble sourire encore à ceux qui la regardent. Ce qui compliquait la difficulté, c’est qu’elle est faite de plusieurs morceaux retenus par des chevilles, et malgré cela les proportions sont admirablement gardées. Cette statue avait sur sa tête un ornement fait en forme de deux bras levés, le symbole du double, c’est-à-dire d’un second être qui vivait à côté du corps et qui mourait avec lui, qu’il s’agissait de ressusciter après la mort par la vertu de formules magiques qui constituaient une partie très importante des funérailles égyptiennes. Cette statue servit autrefois aux funérailles du prince pour représenter le double qu’on ramenait à la vie ; c’est pourquoi elle a précisément sur la tête le signe hiéroglyphique du double.

La statue de ce nouveau Pharaon, par sa perfection, suffirait à elle seule à rendre célèbres les fouilles de Dahschour ; elle ne fait cependant qu’une toute petite partie des objets importans découverts dans cette nécropole. M. de Morgan a eu la chance de trouver quatre tombes complètement inviolées ou que les voleurs n’avaient pas complètement pillées et dans ces quatre tombes, qui appartenaient à des princesses de sang royal, il a découvert quatre trésors remplis de bijoux. Avant lui Mariette avait découvert les bijoux de la reine Aahhôtep qui sont l’une des merveilles du musée actuel de Gizeh ; mais ces bijoux remontaient seulement à