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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/441

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M. J. de Morgan est un ancien ingénieur de l’École des mines : il a été nommé directeur des musées et des fouilles en Égypte à la fin de l’année 1891. Nullement préparé aux études d’archéologie égyptienne par ses explorations antérieures du Caucase et de la Perse, il a su cependant se montrer le digne émule de Mariette dans des fouilles désormais célèbres et par leurs résultats et par l’éclat qu’elles méritent d’ailleurs. M. de Morgan s’est surtout occupé de trouver des monumens qui puissent éclairer l’histoire de l’art, sans négliger, bien entendu, les textes que le hasard et le bonheur de ses fouilles lui faisaient découvrir. Il a perfectionné encore la méthode employée par M. Pétrie, parce que les études préalables de l’ingénieur des mines le lui permettaient, si bien qu’aujourd’hui on ne peut guère espérer faire mieux qu’il n’a fait. En un mot, il a employé la vraie méthode scientifique : aussi n’est-il point étonnant qu’il ait réussi où ses prédécesseurs avaient échoué.

Dès ses débuts, M. de Morgan eut la main heureuse : il découvrit une statue de l’ancien empire, remontant à la Ve sinon à la ive dynastie, qui peut sans le moindre doute rivaliser avec le scribe accroupi du Louvre : c’est à peu de chose près la même facture, le même naturalisme dans les détails, la pose et l’air du personnage. Ce scribe a vécu, on le sent ; il se lèverait et se mettrait à marcher que personne n’en serait surpris. S’il a les formes un peu sèches, c’est que le personnage qui a servi de modèle avait ces mêmes formes sèches. Si les artistes grecs n’eussent eu pour modèle que des Egyptiens, ils n’eussent jamais créé les chefs-d’œuvre que l’on sait. La seconde découverte importante de M. de Morgan fut celle de tombeaux antiques appartenant à la Ve dynastie, entre autres des tombeaux de deux fonctionnaires, dont l’un se nommait Merira et l’autre Petahschepsès. Du premier nous ne savons presque rien, sinon que c’est le plus vaste tombeau de l’ancien Empire qu’on ait encore rencontré, qu’il comprenait trente et une chambres dont les parois sont couvertes de peintures : il n’a pas été publié et réserve sans doute plus d’une surprise aux savans qui pourront l’étudier. Le second fort heureusement a été décrit, s’il n’a pas encore été publié intégralement, et la description en a suffi pour démontrer un fait ignoré jusqu’alors, à savoir que les colonnes architecturales étaient connues et employées dès cette époque.

Déjà Mariette avait rencontré un tombeau où deux colonnes supposaient une sorte de portique en avant de la première salle où se célébrait le culte des ancêtres. Il avait été si surpris de sa découverte qu’il avait jusqu’à un certain point, hésité à en tirer les