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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/440

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La découverte la plus remarquable qu’ait faite M. Pétrie à El-Amarna, c’est celle des pavés décorés de peintures, de véritables fresques qui couvraient le sol où l’on marchait, au lieu de couvrir les murs. C’est là surtout que l’art égyptien à cette époque se montre avec éclat. Malheureusement la plus grande partie de ces peintures a péri, quoiqu’il en reste encore assez pour nous en offrir un témoignage magnifique. Elles n’ornaient que les pavés des appartemens les plus riches. Elles ne sont à vrai dire que de convention ; les animaux, quadrupèdes, oiseaux et poissons que l’on y rencontre ont des couleurs qui sortent de la nature ; les feuillages sont pauvres et traités contrairement à la vérité ; et cependant tout est si fondu, si harmonieux que l’œil ne peut se rassasier de les admirer. Il n’est pas un seul voyageur qui les ait vues et qui ne soit resté stupéfait de leur richesse, de leur éclat et de leur harmonie. Elles étaient bordées de bandes dans lesquelles étaient représentées des têtes de prisonniers sémites ou nègres au type si caractéristique, séparées les unes des autres par des arcs tendus. Ces dessins peuvent avoir bien des défauts, mais les défauts sont rachetés par la vie intense qui s’en dégage et l’éclat du coloris.

Voilà malheureusement tout ce qui reste de ce palais d’Aménophis IV ; mais nous sommes encore trop heureux qu’il en soit resté quelque chose. Il n’y a qu’à penser au palais des Césars de Rome pour comprendre que l’état dans lequel nous est arrivé celui de Khouenaten ne doit pas nous étonner. J’ai vu les résultats des fouilles entreprises à Delphes et en particulier les peintures qui ont eu l’honneur des séances de nos Académies : rien n’y est comparable à ces restes de l’art égyptien. D’un côté tout montre un art qui cherche encore sa voie, qui est en formation, qui produira sans doute des chefs-d’œuvre, mais qui est encore à les trouver au VIIe et peut-être au VIe siècle avant notre ère ; de l’autre tout affirme un art en pleine possession de ses moyens, qui a fait ses preuves, qui s’est mesuré avec les plus hauts sujets, et cela seize ou dix-sept siècles avant Jésus-Christ.


IV

Avec les fouilles de M. de Morgan, nous sommes transportés à une époque bien plus reculée, car nous atteignons au moins le XXVe siècle avant notre ère pour la XIIe dynastie, et même le cinquantième siècle pour la Ve des dynasties de l’ancien Empire égyptien. Ces dates sembleront presque fabuleuses, elles sont cependant rigoureusement exactes.