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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/429

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l’âme pour parvenir à la vie bien heureuse. Ayant mené cette difficile entreprise à bonne fin, ce haut fait le fit choisir comme directeur des fouilles par une société anglaise qui venait de se fonder pour l’exploration archéologique de l’Égypte, société qui a beaucoup fait parler d’elle et qui a rendu de très grands services à la science égyptologique. C’était peu de temps après la mort de Mariette, car Mariette n’aurait pas permis ce qu’il eût regardé comme une intrusion dans son domaine, étant un peu exclusif. Le coup d’essai de M. Naville fut heureux : il découvrit le site d’une des villes bâties par les juifs captifs en Égypte, la ville de Herôpolis ; seulement il se trompa en croyant avoir découvert la Pithom de l’Exode, tandis que c’était la ville de Ramsès. Les années qui suivirent furent marquées d’alternatives de succès et d’insuccès. M. Naville passa des saisons entières sans rien trouver, malgré son activité et sa connaissance du pays, parce qu’il avait mal choisi l’emplacement où il opérait et qu’il ne cherchait que les grands monumens ; d’autres fois au contraire son étoile le conduisait à des sites heureux, notamment à Bubaste, aujourd’hui Tell-Bastah, où il fit revivre le temple célèbre restauré par le roi Osorkon II, de la XXIIe dynastie, et à la dédicace duquel tous les dieux de l’Égypte furent conviés avec leurs prêtres. Dans ces dernières années, cette même étoile conduisit M. Naville au temple célèbre de Deir el Bahary, où l’œuvre commencée par Mariette était restée inachevée : il est aujourd’hui sur le point d’avoir reconstruit autant que possible cet édifice merveilleux et ce sera sans doute l’œuvre culminante de sa vie.

Le temple dont il s’agit fut construit sous la XVIIIe des dynasties égyptiennes, environ 1 700 ans avant notre ère, par une reine d’Égypte nommée Hatschopset, en l’honneur des hauts faits du règne de son père, le Pharaon Thoutmès Ier, et des événemens heureux qui se produisirent sous son propre gouvernement. Née du mariage royal entre Thoutmès Ier et la reine Ahmès, elle montra de bonne heure des dispositions tellement extraordinaires pour le gouvernement des hommes qu’avant de mourir son père l’associa au trône, tout comme d’autres Pharaons y avaient associé leur fils. Après la mort de Thoutmès Ier, Hatschopset continua de régner avec son demi-frère et mari, Thoutmès II, prince faible qui mourut jeune et fut complètement annihilé par l’impérieuse princesse. Son mariage avec sa demi-sœur avait été fécond, mais ne semble pas avoir produit de descendance mâle : une fille nommée Hatschopset, comme sa mère, est seule mentionnée. Thoutmès II ne mourut cependant pas sans successeur de sa propre famille : la polygamie était