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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/423

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des succès des archéologues qui passent leur vie à rechercher en Égypte des monumens ou des textes. Trois hommes se partagent en ce moment l’honneur de ces succès. Sans y avoir la même part, ils ont toutefois, chacun dans sa sphère, vu récompenser leur ardeur et leurs efforts. Les dernières années ont surtout, grâce à eux, enrichi l’humanité de documens ou de données nouvelles qui ont conquis de plein droit leur entrée parmi les connaissances de nature à éclairer l’espèce sur l’histoire de sa pensée et les progrès de sa civilisation. L’Égypte, à ce point de vue, a une position privilégiée, parce qu’elle est arrivée de très bonne heure à une civilisation consciente d’elle-même et qu’elle pouvait conserver ses souvenirs par l’écriture à une époque où toutes les autres nations on étaient encore à chercher la voie initiale vers ce progrès. Il n’y a nulle exagération à dire que le premier roi ayant présidé à la première des dynasties égyptiennes régnait six mille ans environ avant notre ère. Soixante siècles donc avant 1ère chrétienne, l’Égypte était sortie de l’enfance préhistorique ; elle connaissait l’écriture, les arts du dessin, l’architecture, la sculpture, la peinture ; elle s’essayait à les pratiquer et réussissait si bien que les plus anciens de ses monumens étonnent encore le monde ; elle avait une industrie primitive sans doute, mais elle avait déjà fait les découvertes les plus nécessaires, les plus utiles à l’homme, et les objets qu’elle savait déjà fabriquer supposent une ingéniosité merveilleuse de la part de ses artistes inconnus.

Nous trouverons au cours de cet article l’occasion d’en parler avec quelque étendue, à mesure que nous passerons en revue les résultats des fouilles conduites récemment par MM. Naville, Pétrie et J. de Morgan.


I

Les fouilles ont été pratiquées presque de tout temps en Égypte. Le lecteur sera sans doute étonné d’apprendre que dès les plus anciennes dynasties, la IVe ou la Ve, on avait pillé certaines tombes de la nécropole de Saqqarah pour s’approprier une place déjà occupée. La constitution politique de l’Égypte pouvait en effet amener quelques cas comme le suivant : un fonctionnaire de haut parage ayant mérité, par ses loyaux services envers la famille régnante, la concession d’une tombe à une époque indéterminée de sa vie, ayant achevé son tombeau et ses enfants l’ayant meublé en partie, tel événement pouvait se produire à la suite duquel le Pharaon retirait la concession à ce