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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/419

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positions démontrées par Glausius sont subordonnées à la même hypothèse ; elles supposent que le corps auquel on les applique décrit un cycle réversible.

Or les transformations qui se produisent réellement dans le monde physique ne sont pas réversibles.

Voici un gaz contenu dans un corps de pompe que ferme un piston ; ce piston est chargé d’un poids. Si le poids est assez fort, le piston va s’enfoncer ; le gaz sera comprimé ; les forces extérieures, représentées ici par le poids qui charge la soupape, effectueront un travail positif ; une certaine quantité de chaleur sera dégagée. Si, au contraire, le poids qui charge le piston est trop faible, le piston va remonter ; le gaz se détendra ; le travail des forces extérieures sera négatif ; le système absorbera de la chaleur. On peut s’arranger de manière à obtenir le premier groupe de phénomènes ou de manière à obtenir le second groupe ; mais chercher à placer sur la soupape un poids tel que, sans qu’on change rien à ce poids, la soupape puisse aussi bien s’abaisser que s’élever ; que le gaz puisse également se comprimer ou se détendre ; qu’il puisse y avoir, à volonté, absorption ou dégagement de chaleur, c’est évidemment tenter une œuvre chimérique. Un système donné, dans des conditions données, se transforme nécessairement dans un sens donné ; il ne se transforme pas indifféremment dans un sens ou dans le sens inverse ; la modification qu’il éprouve n’est pas réversible ; pris au pied de la lettre, les mots modification réversible sont un non-sens.

Ces mots, cependant, sont susceptibles de prendre une signification précise, mais par un détour qu’il nous faut suivre.

En chargeant d’un poids convenable le piston qui ferme le corps de pompe où se trouve un gaz, vous pouvez faire que le piston s’enfonce ; mettez sur le piston un poids un peu moindre ; il s’enfoncera encore ; pour que le piston commence à s’enfoncer, il suffit que la charge surpasse d’une certaine quantité, si petite soit-elle, le poids que le gaz tiendrait exactement en équilibre ; de même, pour que le piston se relève, il suffit qu’il porte une charge un tant soit peu inférieure à celle que le gaz tiendrait exactement en repos. Vous pouvez donc prendre deux charges qui différeront aussi peu qu’il vous plaira l’une de l’autre et les choisir cependant de telle sorte que l’une obligera le piston à s’enfoncer et que l’autre le laissera se relever. Un système donné, entouré de corps également donnés, subit une modification dont le sens est toujours parfaitement déterminé ; mais on peut choisir les conditions extérieures dans lesquelles le système est placé de telle manière qu’une variation infiniment petite dans ces conditions