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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/408

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tuer un travail différent, négatif dans le premier cas, nul dans, le second.

Ces remarques conduisent à une importante conséquence.

Faisons passer successivement un corps d’un même état initial à un même état final par divers procédés ; quel que soit le procédé employé, l’accroissement subi par la force vive des mouvemens moléculaires gardera la même valeur ; le travail effectué par les actions intérieures gardera la même valeur ; mais le travail effectué par les forces extérieures ne sera pas le même dans tous les cas ; il variera avec le procédé employé pour transformer le corps ; donc, chaque procédé capable de faire passer le corps de l’état initial donné à l’état final donné exigera l’absorption d’une quantité différente de chaleur.

Ainsi, dans l’exemple que nous venons de citer, le gaz, en se détendant par le premier procédé, absorbera une certaine quantité de chaleur ; en se détendant par le second procédé, il ne subira ni gain, ni perte de chaleur.

Cette conséquence nécessaire de la nouvelle doctrine renverse le principe le plus universellement admis des anciennes théories de la chaleur.

Pour Descartes, les diverses parties d’un corps échauffé étaient dans un état d’extrême agitation ; la quantité de chaleur contenue dans le corps était la quantité de mouvement de cette agitation ; lorsque le corps passait d’un état à un autre, il absorbait une quantité de chaleur égale à l’excès de la quantité de mouvement qu’il renfermait dans l’état final sur la quantité de mouvement qu’il renfermait dans l’état initial ; pour calculer cet excès, il suffisait de connaître les deux états extrêmes ; il n’était pas nécessaire de savoir par quelle voie le corps avait passé de l’un à l’autre ; les deux termes d’une transformation influaient seuls sur la quantité de chaleur absorbée par cette transformation ; en particulier, lorsque ces deux termes coïncidaient, lorsque le corps parcourait un cycle qui le ramenait à son état initial, la chaleur gagnée par le corps avait la même valeur que si aucune modification ne s’était produite, la valeur zéro ; durant le parcours du cycle, le corps dégageait autant de chaleur qu’il en absorbait.

À la suite des découvertes de Leibniz, la théorie cartésienne fut modifiée ; la quantité de chaleur ne fut plus la quantité de mouvement de l’agitation intestine du corps, elle en fut la force vive ; mais ce qu’on disait de la quantité de mouvement pouvait se répéter de la force vive ; la chaleur absorbée par un corps qui passe d’un état à un autre continua à dépendre uniquement de