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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/404

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la quantité de chaleur dont la grandeur nous importe : elle est égale à 273 fois le produit du poids du gaz par l’excès de la chaleur spécifique sous pression constante sur la chaleur spécifiqne sous volume constant.

Tel est le raisonnement très simple par lequel Mayer relie la valeur de l’équivalent mécanique de la chaleur à la différence qui existe entre les deux chaleurs spécifiques d’un gaz ; le calcul, effectué avec les données dont on disposait à son époque, lui montre que, pour produire une calorie, il faut dépenser 367 kilogrammètres ; c’est presque exactement le résultat qu’avait obtenu Sadi Carnot.

Le raisonnement de Mayer n’a pas seulement l’avantage de fournir une valeur approchée de l’équivalent mécanique de la chaleur ; il jette en outre une vive lumière sur la théorie des gaz. Si un gaz qui se dilate sous pression constante absorbe plus de chaleur qu’un gaz qui se dilate sous volume constant, c’est que, pour surmonter la pression extérieure, il fournit dans le premier cas un travail qu’il n’a pas à fournir dans le second. Si, dans l’expérience de Gay-Lussac, que Laplace ne pouvait expliquer, un gaz se détend sans dégager ni absorber aucune quantité de chaleur, c’est qu’aucun travail n’accompagne cette détente ; les lois de la détente d’un gaz sans variation de chaleur, posées par Laplace et Poisson dans l’hypothèse du calorique, se retrouvent sans peine, avec toutes leurs conséquences, dans la nouvelle doctrine ; en sorte que les découvertes qui avaient donné le plus de crédit à l’existence substantielle du calorique, peuvent aussi bien être invoquées à l’appui de la théorie mécanique de la chaleur.

Les écrits de Robert Mayer n’eurent guère plus d’influence sur le développement de la science que les notes inédites de Sadi Carnot ; ils furent publiés, mais ils ne furent pas lus. Pour que l’idée de l’équivalence de la chaleur et du travail se répandît parmi les physiciens, il fallut que Joule en Angleterre, que Golding en Danemark, la retrouvassent l’un et l’autre en dehors de toute influence étrangère ; il fallut que de multiples déterminations expérimentales, réalisant pour la plupart, à l’insu de leurs auteurs, le programme tracé par Sadi Carnot, vinssent fixer au voisinage du nombre 425 la valeur très approchée de l’équivalent mécanique de la chaleur ; il fallut surtout que Helmholtz lançât son écrit sur la conservation de la force, retentissant manifeste qui annonçait à la science l’avènement des nouvelles doctrines. C’est seulement fort tard qu’on reconnut la priorité du médecin de Heilbronn, et plus tard encore que l’on put rendre justice à la divination de notre compatriote.